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Cet article est issu du dossier «Libreville dans tous ses états»

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Société

Libreville : les enfants du roi Denis

Des femmes mpongwès manifestent contre la destruction de leurs maisons. © Xavier Bourgois/AFP

Premiers habitants de la région après les Pygmées, les Mpongwès sont aujourd'hui une minorité dans la capitale gabonaise. Mais la culture et les traditions de leur communauté restent fortes.

 "Je vais chez les Mpongwès !" a-t-on encore coutume de dire au Gabon lorsque l’on gagne la capitale. Rameau du peuple myéné, les Mpongwès font partie de la grande famille des Bantous, qui ont progressivement envahi le Gabon à partir du VIIIe siècle avant notre ère.

Avec les Pygmées, qui y étaient établis depuis des millénaires, ils sont les seuls habitants de la région de l’Estuaire lorsque, au XVe siècle, les Portugais découvrent l’embouchure du Komo. Même si quelques tribus fangs les rejoignent au XIXe siècle, c’est encore avec les roitelets Mpongwès que traitent les navigateurs hollandais, anglais et surtout français. En 1839, le plus célèbre de ces chefs, Antchuwè Kowè Rapontchombo, le "roi Denis", passe un accord avec la France, à laquelle il cède un terrain face à Libreville, sur l’autre rive du Komo. Ce sera la première base des futurs colonisateurs.

Établis entre fleuve et océan, les Mpongwès ont été d’habiles intermédiaires entre les peuples de l’intérieur et les commerçants navigateurs. Aujourd’hui encore, certains noms de famille (comme Raponda-Walker ou Barro-Chambrier), un teint clair et des traits métissés rappellent les alliances conclues alors entre autochtones et Européens.

Ouverts, ils se veulent aussi généreux, rappelle René Hilaire Adiahéno, l’une des figures de la communauté : "Les Mpongwès étaient certes des autochtones, mais depuis moins longtemps que les Pygmées, dont ils n’oublient pas l’accueil. Ils ont toujours vécu en harmonie avec les Fangs, apparus plus tard, et leur ont offert des terres – comme aux autres peuples du Gabon ou d’ailleurs arrivés par la suite."

Depuis que Libreville est devenue capitale, à l’indépendance, les Gabonais venus s’y établir ont été si nombreux que les Mpongwès ne représentent plus aujourd’hui qu’une petite fraction de ses 700 000 habitants actuels. Moins de 5 000 personnes parlent encore leur langue. La communauté reste cependant l’une des mieux structurées du pays et dispose d’une chefferie afin de faire entendre sa voix sur la scène politique.

Des Mpongwès se sont distingués dans de nombreux domaines, comme l’écrivain André Raponda-Walker, père de la recherche gabonaise, le musicien Georges Damas, compositeur de l’hymne national, le cinéaste Imunga Ivanga ou Jean-Noël Gassita, pharmacologue renommé, ou encore son fils Frédéric, dont les talents de pianiste sont reconnus internationalement.

"Le régime est parvenu à diviser les Mpongwès"

Pourtant, la Libreville et le Gabon modernes laissent certains membres de la communauté amers : "Les rois représentaient le seul contre-pouvoir craint par le régime, mais celui-ci est parvenu à diviser les Mpongwès et à vider de sa substance une chefferie à laquelle nous ne faisons même plus appel, se désole Denis Adandé Rapontchombo, descendant direct du roi Denis. Aujourd’hui, les Mpongwès sont bannis, spoliés, et leurs intérêts sont bafoués."

Plus optimiste, Michel Anchouey, président de la Fondation des Quatre Saisons, insiste sur la nécessité de transmettre les coutumes aux nouvelles générations : "Tous les peuples du monde sont menacés par les autres cultures. À nous de faire vivre notre identité, une identité dont l’ouverture sur le monde est d’ailleurs un trait historique."

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