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Cet article est issu du dossier «Agro-industrie : un potentiel en jachère»

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Économie

Au Sénégal, Baba boit du petit-lait

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Bagoré Bathily a fondé la Laiterie du Berger en 2006.

Bagoré Bathily a fondé la Laiterie du Berger en 2006. © Sylvain Cherkaoui/JA

Créée par le vétérinaire franco-sénégalais Bagoré Bathily, La Laiterie du Berger concilie exigence éthique et succès commercial. Ses yaourts sont ainsi devenus une référence dans tout le pays.

Il semble loin le temps de la petite entreprise idéaliste. Sept ans après sa création, la Laiterie du Berger a vu son chiffre d’affaires passer de 250 millions de F CFA à 1,4 milliard de F CFA (de 381 000 euros à plus de 2,1 millions d’euros) et, « avec une production d’environ 1 600 tonnes par an, elle est devenue le numéro deux sur le marché des produits laitiers frais au Sénégal », explique son fondateur, Bagoré Bathily, alias Baba, âgé de 38 ans. Pourtant, La Laiterie du Berger a gardé sa vocation sociale : elle s’approvisionne auprès d’éleveurs locaux, en grande partie nomades, et ne commercialise que des produits fabriqués à une échelle industrielle à partir de lait de collecte.

C’est le défi que s’était lancé ce vétérinaire franco-sénégalais. Il « ne connaissait rien au marché », mais, constatant que 90 % des produits laitiers consommés au Sénégal étaient importés sous forme de lait en poudre alors que 30 % de la population vit de l’élevage, il décide de se lancer dans l’entrepreneuriat, fin 2006, pour promouvoir la consommation de lait produit localement. Son projet valorisant l’élevage traditionnel a séduit dès le départ le fonds français Investisseurs et Partenaires (I&P), rejoint en 2009 par Danone Communities, l’incubateur et fonds d’investissement social du géant mondial des produits laitiers. « Ils nous ont apporté un soutien en termes de production pour concevoir l’usine, mieux appréhender le marché et optimiser les circuits de distribution », souligne Bagoré Bathily.

L’entreprise se concentre sur la production de yaourt, qu’elle décline en une quinzaine de références, commercialisées depuis quatre ans sous la marque Dolima (« Ressers-moi », en wolof). « Le lait frais reste un produit de luxe, fragile, qui ne représente que 1 % de nos ventes », poursuit Bathily. L’une des clés de la réussite de La Laiterie du Berger réside dans son réseau de distribution. « Cela coûte cher de livrer de petites quantités dans 8 000 points de vente, reconnaît-il, mais c’est un investissement qui crée des emplois… » Et qui a permis à Dolima de devenir une référence pour les familles dans tout le pays.

Philosophie

La société emploie aujourd’hui environ 150 salariés répartis entre le siège, situé à Dakar, les centres de collecte et l’usine de production, installée à Richard-Toll, dans le nord du pays, près de la frontière mauritanienne. Environ 2 500 litres de lait sont collectés chaque jour auprès de 800 éleveurs. « Ce commerce bénéficie à plus de 10 000 personnes, se félicite l’entrepreneur. Le but, maintenant, c’est de gagner des parts de marché sur le lait en poudre. »

Ce dernier comporte bien des avantages, notamment en termes de transport et de conservation, et, pour rester fidèle à sa philosophie, La Laiterie du Berger doit accepter de dégager moins de marges que ses concurrents : elle achète en effet le litre de lait 200 F CFA au producteur contre 190 F CFA pour l’équivalent en poudre, et ne bénéficie pas de l’avantage fiscal consenti aux importateurs. Pourtant, ses produits ne sont pas vendus plus cher que ceux des autres marques, élément essentiel pour convaincre les consommateurs, lesquels sont par ailleurs séduits par les arguments de la Laiterie : la qualité et la sécurité de ses produits par rapport à ceux du secteur informel, ainsi que la valorisation de l’élevage traditionnel local.

Ironie du sort, l’entreprise est tout de même contrainte de recourir à l’achat de lait en poudre, en complément du lait frais collecté, pour répondre à la demande. « Compte tenu de notre développement, notre priorité est d’augmenter les capacités de production des éleveurs avec lesquels nous travaillons, explique Bathily. Cela implique de jouer sur l’alimentation du bétail, en synergie avec l’agriculture locale – par exemple en utilisant les sous-produits du riz – et de contribuer à garantir un meilleur accès à l’eau. Nous avons aussi mis en place une centrale d’achat. » Des campagnes d’insémination artificielle ont par ailleurs été menées afin d’améliorer la qualité du cheptel. Autre projet à l’étude pour augmenter le rendement : la création d’une ferme laitière à proximité de l’usine.

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