Politique

Législatives au Sénégal : ce qu’il faut retenir des décisions du Conseil constitutionnel

Les Sages se sont prononcés mardi sur plusieurs recours déposés par l’opposition à propos des listes en vue du scrutin du 31 juillet. Mais d’autres contentieux pourraient suivre.

Par - à Dakar
Mis à jour le 25 mai 2022 à 17:27

Ousmane Sonko, le 8 mars 2021. © SEYLLOU/AFP

Il avait promis la « résistance » et une mobilisation de « 200 000 personnes » dans la capitale. Depuis la ville de Ziguinchor dont il est désormais le maire, Ousmane Sonko avait même menacé, lundi 23 mai, d’aller déloger Macky Sall de son palais présidentiel, point culminant des tensions autour de la recevabilité des listes de candidatures pour les élections législatives du 31 juillet.

Une déclaration immédiatement qualifiée « d’appel à l’insurrection » par la majorité – ce que l’opposant dit assumer. « Pensant qu’une décision [du Conseil constitutionnel] pouvait lui être défavorable, il a appelé à l’attaque de nos institutions », s’est indignée l’ancienne Première ministre, Aminata Touré, elle-même tête de liste de la majorité, qui a qualifié ces propos de « scandaleux et inacceptables ».

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La pression est retombée très rapidement : le Conseil constitutionnel a rendu plusieurs décisions sur les recours déposés par l’opposition. Déclarée irrecevable par la Direction générale des élections (DGE) pour non-respect de la parité, la liste de la coalition Yewwi Askan Wi (YAW) pour Dakar est finalement toujours dans la course. Les Sages ont en effet statué que la décision de la DGE était « mal fondée ». Le mandataire de la coalition YAW, qui y voit une « victoire », s’est donc rendu mardi à la DGE et a pu remplacer deux candidats démissionnaires.

Une « cacophonie » inédite

La décision du Conseil constitutionnel a immédiatement été saluée par Aminata Touré, qui s’est dit satisfaite de la « maturité » de la démocratie sénégalaise. Principal département du pays en terme de nombre de députés, Dakar est menée au sein de YAW par le maire de la capitale, Barthélémy Dias, principal allié d’Ousmane Sonko pour les législatives.

La « cacophonie » – pour reprendre les termes de l’ancien maire de la capitale, Khalifa Sall – liée au dépôt des listes avait mis à jour les premières dissensions au sein de YAW, qui rassemble les principaux leaders de l’opposition. Selon les explications de plusieurs de ses membres, ce sont les difficultés des leaders des principaux partis à s’entendre sur le nombre de députés et sur leur genre qui a entraîné des « erreurs » dans l’élaboration de la liste pour Dakar, sur laquelle figurent sept députés.

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Les opposants n’ont cependant pas eu gain de cause quant à leur second recours, qui concernait cette fois les parrainages de leurs concurrents de la majorité. La liste de la coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar aurait en effet déposé 55 328 parrains, soit un de plus que le seuil légal établi à 55 327. Le Conseil constitutionnel a établi que « seuls les actes du ministre chargé des élections peuvent être contestés », déclarant ainsi irrecevables les recours des opposants.

Des erreurs dans le fichier électoral ?

La coalition Gueum Sa Bopp du patron du groupe de presse D-média, Bougane Gueye Dany, dont la liste est définitivement refusée pour défaut de parrainages, a quant à elle décidé de porter l’affaire devant des représentations diplomatiques occidentales.

Le problème soulevé par Bougane Gueye Dany pose la question de la fiabilité du fichier électoral, qui concerne la bonne tenue des élections dans leur ensemble

Dénonçant des « dysfonctionnements dans le système des parrainages », le candidat recalé insiste sur des « incohérences » et de possibles « erreurs qui entament la fiabilité du système électoral ». « Le problème soulevé par Bougane Gueye Dany est éminemment plus complexe que celui de la parité ou des parrainages, observe un cadre de la majorité. Il pose la question de la fiabilité du fichier électoral, qui touche à la bonne tenue des élections dans leur ensemble. »

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Le ministère de l’Intérieur a maintenant jusqu’au 31 mai pour publier les listes. « Cela pourra donner lieu à d’autres recours. La question des contentieux est loin d’être réglée », assure un membre de la commission électorale. YAW a d’ores et déjà annoncé qu’elle contesterait à nouveau la liste de la majorité sur la question des parrainages et de la parité.