Politique

Mali-Bénin : pourquoi Patrice Talon veut rapatrier ses troupes déployées au sein de la Minusma

Les autorités béninoises invoquent la nécessité de faire face à la propagation du risque jihadiste à leurs frontières. Et assurent qu’il ne faut pas voir dans leur retrait du Mali une marque de défiance à l’égard du régime d’Assimi Goïta.

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Mis à jour le 24 mai 2022 à 19:00

Le président Patrice Talon, lors du défilé militaire célébrant l’anniversaire de l’indépendance du Bénin, le 1er août 2016. © Creative Commons / Présidence Bénin

Cotonou a annoncé au secrétariat général des Nations unies son intention de retirer ses troupes déployées au Mali dans le cadre de la Minusma, la mission onusienne de maintien de la paix. Le Bénin souhaite en effet renforcer la sécurité le long de ses frontières avec le Niger et le Burkina Faso, alors que cette zone est confrontée à une recrudescence d’incursions de présumés jihadistes.

Un courrier en ce sens, signé d’Aurélien Agbénonci, le ministre béninois des Affaires étrangères, a été transmis le 28 avril aux services d’António Guterres par Marc Hermanne G. Araba, l’ambassadeur du Bénin à l’ONU, en poste à New York depuis janvier 2021.

Pour justifier son retrait de la Minusma, Cotonou met en avant la « situation sécuritaire inquiétante [qu’il subit] du fait des actes de terrorisme orchestrés à [ses] frontières nord par des hommes armés non identifiés ».

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Le président, Patrice Talon, a pris cette décision au lendemain de la dernière attaque qui a frappé le nord de son pays. Le 26 avril, des hommes ont pris d’assaut un poste de police à Monsey, dans le parc W, près de la frontière avec le Burkina Faso. Un policier a été tué. Deux semaines plus tôt, trois soldats béninois avaient péri dans une attaque similaire, à l’intérieur du parc national de la Pendjari, lui aussi frontalier du Burkina.

Effet domino

Le retrait de la Minusma se fera en deux temps. Les 140 policiers béninois basés à Kidal, dans le nord du Mali, seront rapatriés à Cotonou en novembre prochain. Selon les règles en vigueur au sein des missions de maintien de la paix, les pays contributeurs qui souhaitent désengager leurs troupes doivent en effet le faire savoir au moins six mois à l’avance.

Les quelque 250 militaires d’infanterie basés à Sénou, près de Bamako, ne plieront quant à eux bagage qu’un an plus tard, en novembre 2023.

Selon nos informations, la priorité des autorités béninoises était de rapatrier les policiers au plus vite pour combler un déficit d’hommes dans le sud du pays, beaucoup de leurs collègues ayant été envoyés dans le Nord.

Confronté à une alarmante montée du risque jihadiste, Patrice Talon a dû engager une refonte du dispositif sécuritaire. En janvier 2018, déjà, il avait rassemblé les services de police et de gendarmerie au sein d’une seule « police républicaine ».

Depuis plusieurs mois, les effectifs policiers et militaires des Forces armées béninoises déployés dans le Nord ont été considérablement renforcés. Les autorités se montrent cependant très discrètes sur leur nombre.

L’épineux dossier des sanctions

Ce futur retrait du Mali doit-il aussi être considéré comme une marque de défiance à l’égard du régime du colonel Assimi Goïta ? Nos sources à Cotonou le démentent, et indiquent qu’il répond uniquement à des impératifs de sécurité nationale.

La vice-présidente du Bénin, Mariam Chabi Talata, s’est d’ailleurs rendue à Bamako en début de semaine dernière. Elle y a été reçue par le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, puis par le président de la transition, Assimi Goïta, à qui elle a remis un message de Patrice Talon, lequel assure, depuis le début du mois de mai, la présidence de l’Uemoa.

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Au sein de l’organisation ouest-africaine, le chef de l’État béninois est le tenant d’une position médiane sur l’épineux dossier des sanctions imposées à Bamako. Il joue en effet les arbitres entre les partisans d’une reprise rapide du dialogue – au premier rang desquels le Togolais Faure Essozimna Gnassingbé, dont le ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, entretient de bonnes relations avec Assimi Goïta – et les partisans d’un maintien des sanctions – le Nigérien Mohamed Bazoum, l’Ivoirien Alassane Ouattara et le Sénégalais Macky Sall.