Politique

Nigeria : qui briguera l’investiture du PDP pour la présidentielle ?

Ils seront 3 700 délégués réunis au stade Moshood Abiola d’Abuja le 29 mai pour désigner le candidat du PDP à la présidentielle de 2023. Après huit ans de règne de l’APC, le principal parti d’opposition veut revenir au pouvoir. Portrait des principaux prétendants.

Mis à jour le 28 mai 2022 à 10:17

Des partisans du Parti démocratique populaire (PDP) assistent à un rassemblement de campagne à Lagos, le 12 février 2019. © REUTERS/Luc Gnago

Depuis sa défaite de 2015 qui mit fin à 16 ans de règne ininterrompu, le principal parti d’opposition, le Peoples Democratic Party (PDP), cherche à reprendre le contrôle du pays. Pour multiplier ses chances après huit années de disette, le PDP a décidé de revoir ses règles internes, qui institutionnalisait le principe de rotation entre le Nord et le Sud, et de permettre à tous ses membres de voter quelle que soit leur origine géographique, et à bulletin secret.

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Après huit années de Muhammadu Buhari, nombreux sont ceux qui pensent qu’il est temps que le pouvoir revienne au Sud. Cependant, le nord du Nigeria compte davantage d’électeurs et le PDP sait que la course doit être ouverte s’il veut espérer l’emporter.

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Cinq candidats font la course en tête, avec des atouts aussi déterminants que leur fortune et leur expérience. Leur capacité a convaincre des électeurs au-delà de leur appartenance territoriale sera la clé du scrutin.

Atiku Abubakar, le plus expérimenté

En 1993, il était le plus jeune candidat à la présidentielle pour le Parti social-démocrate (SDP). Aujourd’hui, à 75 ans passés, c’est le plus âgé. Lors de la dernière primaire du PDP à laquelle il a participé, en 2018, il a obtenu environ 50 % des votes, mais il n’est pas parvenu à battre le président Buhari lors des élections générales (avec 11 millions de voix, il est arrivé en deuxième position).

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Il demeure malgré tout optimiste et fait campagne sur le fait qu’il est le mieux placé pour conquérir le pouvoir. Bénéficiant d’une vraie assise financière et politique à travers le pays, Atiku est dores-et-déjà un redoutable candidat.

Nyesom Wike, le financier

En 2016, Nyesom Wike devient le leader de facto du PDP en raison de sa position de grand argentier du parti. Gouverneur de l’État de Rivers, riche en pétrole, il dispose de solides atouts et soutiens pour s’imposer dans cette primaire.

Il devrait marquer des points sans difficulté dans son État, mais aussi d’une manière générale dans tout le sud du Nigeria. Compte tenu de certaines déclarations polémiques qu’il a pu faire dans le passé, il lui sera néanmoins plus difficile d’obtenir les votes nécessaires dans le Nord. Son attitude, que beaucoup qualifient d’arrogante et d’erratique, pourrait également jouer contre lui. En l’état actuel de la compétition, Atiku Abubkar est son seul véritable adversaire. Nyesom Wike a déjà déclaré qu’il n’accepterait aucun autre poste, y compris la vice-présidence, s’il perdait aux primaires.

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Peter Obi, le plus populaire

Très populaire au sein de la jeunesse connectée, Peter Obi est passe pour être l’un des candidats les plus compétents et les mieux outillés. Président de l’une des plus grandes banques du Nigéria avant de rejoindre la politique en 2002, il a survécu à de nombreux bras de fer, y compris à une destitution lorsqu’il était gouverneur de l’État d’Anambra (entre 2007 et 2014).

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Obi soigne son image d’homme frugal – avare même, selon ses détracteurs – et prudent. Pendant sa campagne, il a martelé qu’il ne fallait pas se laisser emporter par l’argent. « Voulez-vous collecter de l’argent et léguer aux générations futures une société de désespoir, d’enlèvements, de banditisme et de pauvreté ? Est-ce la société que vous voulez pour vos enfants ? », a-t-il plaidé.

Cette réticence à la dépense pourrait toutefois lui coûter le soutien de nombreux délégués, qui apprécient les candidats plus généreux.

Bukola Saraki, le parrain

Parrain politique de l’État de Kwara, il mène une bataille sur deux fronts : il est non seulement en tournée nationale pour obtenir le soutien des délégués du PDP, mais il tente également d’évincer la direction actuelle de l’APC dans sa région, dont il se voit en leader incontesté.

Ancien président du Sénat, il a reçu un coup le soutien de plusieurs personnalités du Nord. Mais son statut d’hybride politique pourrait jouer contre lui. Lors de la dernière primaire du PDP, il était arrivé en troisième position, derrière Atiku Abubakar et Aminu Tambuwal.

Aminu Tambuwal, l’éternel second

Le gouverneur de l’État de Sokoto est arrivé deuxième lors de la dernière primaire du PDP – sa proximité avec Nyesom Wike lui avait coûté des voix dans le Nord et avait permis à Atiku Abubakar, également originaire du septentrion, de le battre à plate couture. Aminu Tambuwal a donc adapté sa stratégie et s’emploie à tenter de séduire ces régions. Mais nul doute qu’il trouvera une nouvelle fois Atiku Abubakar sur son chemin.

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« Je m’attends à ce qu’Atiku obtienne de bons résultats dans le Nord-Est, Tambuwal dans le Nord-Ouest, Obi dans le Sud-Est, Saraki dans le Centre-Nord et Wike dans le Sud, pronostique Dare-Ariyo Atoye, de la Coalition pour la défense de la démocratie nigériane. Mais c’est délicat parce que le PDP ne dirige que 13 États, le reste est à prendre. Je pense que les délégués se seront décidés au dernier moment, selon l’impression que les candidats leur auront laissée. Et même s’il faut s’attendre à une pluie de dollars, le vote à bulletin secret garantit qu’il n’y a aucun moyen d’imposer le vote à son délégué. »