Politique

Italie : Matteo Renzi, l’homme pressé

Nouveau secrétaire général du Parti démocrate italien, Matteo Renzi entend, très vite, mettre au rancart les caciques de sa formation, refonder la gauche et rénover la politique de son pays. Vaste programme !

Mis à jour le 22 janvier 2014 à 18:33

Matteo Renzi lors d’un show télévisé à Rome en juillet 2010. © Mistrulli Luigi/Sipa

"Même au foot, il voulait toujours gagner", se souviennent ses amis d’enfance. Élu le 8 décembre 2013 secrétaire général du Parti démocratique (PD), Matteo Renzi (39 ans), par ailleurs maire de Florence, est l’étoile montante de la politique italienne. Et l’homme politique le plus populaire du pays après le président Giorgio Napolitano. Depuis son passage chez les scouts, ses capacités de meneur d’hommes ne sont contestées par personne, même si, déjà, certains le soupçonnaient de préférer le commandement à l’action – d’où le sobriquet de MatTeoria dont il était volontiers affublé à l’époque. De même, ses détracteurs – il en a – l’accusent aujourd’hui d’être davantage enclin à la formule ronflante qu’au débat d’idées.

Quoi qu’il en soit, son ascension fulgurante perturbe jusqu’à sa famille politique : les caciques du PD se sentent menacés. Il est vrai qu’il ne fait pas mystère de sa volonté de les mettre au rancart et de refonder la gauche. Alors certains peuvent bien le surnommer "le démolisseur", ses arguments font mouche, comme le prouve sa victoire sans discussion lors des primaires de la coalition de gauche, en février 2013. Renzi a tiré les enseignements de la longue série de revers subis par son parti. "Une certaine gauche a vécu, explique-t-il, il est temps d’opérer des coupes franches dans nos rangs, faute de quoi nous ne serons plus crédibles."

Fils d’un élu démocrate-chrétien, ce diplômé en droit de l’université de Florence et spécialiste en marketing a fait ses premiers pas en politique aux côtés de Romano Prodi, l’ancien président du Conseil. Il veut "réduire le train de vie des hommes politiques" – il est vrai extravagant – afin d’"investir davantage dans l’éducation et l’emploi". Les Italiens sont d’autant plus sensibles à son propos que Renzi souhaite mettre en place une indemnisation du chômage digne de ce nom, mais aussi accroître la mobilité et la polyvalence des salariés grâce à une meilleure formation. "Le PD, dit-il, doit redevenir le parti qui défend le droit au travail."

Le 2 janvier, moins d’un mois après son élection à la tête du PD, et sans égards excessifs pour l’agenda du gouvernement, il s’est empressé de proposer un premier train de réformes : refonte du système électoral, nouvelle loi sur l’immigration et adoption d’un Pacs à l’italienne. Il ne fait que relancer le débat sur des questions sur lesquelles l’Italie bloque depuis des années, mais peu importe : surprendre pour s’imposer, telle est sa stratégie. Il ne veut pas être une nouvelle étoile filante dans le ciel de la politique italienne, mais devenir une vraie force de proposition.

Il revendique une certaine banalité

Ce trublion est pourtant un traditionaliste. Très croyant, il ne peut, dit-il, "se passer de [sa] famille, de la politique et de la fiorentina" – une pièce de viande grillée. Il revendique une certaine banalité – on n’ose dire normalité -, se passe de garde du corps et se déplace volontiers à vélo. Quant à Agnese, la mère de ses trois enfants, elle enchaîne les CDD à l’Éducation nationale… Certains comptent sur lui pour ouvrir une "troisième voie", à l’instar d’un Tony Blair. Mais lui affecte plutôt une décontraction et une assurance à la Barack Obama. En tout cas, il rejette toute comparaison avec deux autres jeunes loups de la politique italienne : Angelino Alfano, du Peuple de la liberté (PDL), le parti de Silvio Berlusconi, et Enrico Letta, l’actuel chef du gouvernement, issu comme lui du PD. "Je suis radicalement différent, estime-t-il, parce que je suis arrivé là où j’en suis par la volonté des électeurs, pas par la grâce d’un mentor."

Matteo Renzi jure qu’il "faut compter avec tous" et refuse la mise au ban du Parlement du mouvement Cinque Stelle, de l’ex-humoriste Beppe Grillo. Il n’a aucune intention de mettre des bâtons dans les roues du gouvernement, mais souhaite qu’il "change de style et avance plus vite".