Politique

Edward Snowden, un fugitif qui a bonne presse

Mis à jour le 21 janvier 2014 à 14:40

Le lanceur d’alerte Edward Snowden, qui déclencha le scandale des écoutes de la NSA, est encore loin d’être tiré d’affaire sur le plan judiciaire. Mais il est en passe de remporter la bataille de l’opinion.

Pour Edward Snowden (30 ans), le vent est en train de tourner. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent en effet, de tous bords, pour que le lanceur d’alerte aujourd’hui réfugié en Russie bénéficie de la clémence du gouvernement américain.

Dans une interview télévisée, le sénateur Rand Paul, républicain libertarien et probable candidat à la prochaine présidentielle, vient de lui rendre un hommage inattendu pour avoir révélé au monde les gigantesques programmes de surveillance de la NSA. Alors que certains demandent que Snowden soit puni aussi sévèrement qu’un autre lanceur d’alerte condamné à trente-cinq ans de prison, l’ex-soldat Bradley Manning (en raison de son identité sexuelle passablement floue, celui-ci se fait désormais appeler Chelsea Elizabeth), Paul se déclare favorable à une sentence plus raisonnable.

Même son de cloche du côté du New York Times. Le 1er janvier, dans un éditorial retentissant, l’illustre quotidien, qui est plutôt classé à gauche, a souligné la valeur inestimable des informations transmises par Snowden. "Il mérite mieux qu’une vie de fuite, de peur et d’exil permanents", estime notre confrère. Quant à Rick Ledgett, qui dirige l’équipe mise en place par la NSA pour enquêter sur ses agissements, il s’est prononcé, sur la chaîne CBS, en faveur d’une amnistie. À condition que Snowden s’abstienne à l’avenir de faire fuiter d’autres informations.

Sur le plan judiciaire, un coup de boutoir a été donné par un juge fédéral, Richard Leon, qui, au mois de décembre, a estimé que le programme de collecte de données téléphoniques mis en place par la NSA violait la Constitution. Dans les attendus du jugement, le magistrat ne mâche pas ses mots et évoque un programme "quasi orwellien", dont il n’est même pas prouvé qu’il ait permis de prévenir la moindre attaque terroriste. Une position confirmée par un autre juge fédéral, mais invalidée par un troisième, fin décembre. La Cour suprême devrait être appelée à trancher.

Le Brésil, une possible terre d’accueil pour Snowden

La conjoncture internationale tourne également à l’avantage de Snowden, qui, au terme de son séjour russe – il dispose d’un visa d’un an -, pourrait trouver refuge au Brésil, pays auquel, en juillet 2013, il a demandé l’asile politique dans une lettre adressée à un journal de São Paulo. Glenn Greenwald, le journaliste américain établi à Rio de Janeiro qui avait publié dans The Guardian les premières informations du lanceur d’alerte, ne lui ménage pas son soutien et rappelle à longueur d’interview que le Brésil a toujours été l’une des principales cibles de la NSA. Et ça marche ! La commission des affaires étrangères du Sénat a demandé que l’asile soit accordé à Snowden. La présidente Dilma Rousseff pourrait ne pas rester insensible à cette requête. Très irritée par les indélicatesses américaines, n’avait-elle pas en octobre 2013 annulé une visite d’État à Washington ?

La pression sur Barack Obama s’accroît, mais le président reste pour l’instant inflexible. En août, il avait reproché à Snowden de ne pas avoir partagé avec ses supérieurs hiérarchiques ses doutes quant à la légalité des programmes de la NSA. Ce que l’intéressé a démenti, début décembre, dans une interview au Washington Post. En vain, mais il n’empêche : de traître, Snowden est en passe de devenir un héros aux yeux d’une majorité d’Américains. Diverses organisations de défense des libertés font d’ailleurs campagne sur ce thème. Edward Snowden est encore loin d’avoir remporté la bataille judiciaire dans laquelle il est engagé, mais il a de bonnes chances de remporter celle de l’opinion.