Société

Cyclisme : Biniam Girmay victime du Prosecco au Giro

À peine entré dans l’histoire du cyclisme mondial avec la première victoire d’étape subsaharienne de la prestigieuse course, le 17 mai, le champion érythréen a dû abandonner le tour d’Italie le lendemain, suite à un accident absurde…

Mis à jour le 19 mai 2022 à 18:54
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Sortie de route pour l’Érythréen Biniam Girmay, qui a dû abandonner le tour d’Italie, où il affichait un début prometteur. © Damien Glez

L’abus d’alcool nuit, même sans en boire. C’est en Italie que Biniam Girmay aura compris le sens de l’expression française « douche écossaise » – cette alternance d’eau chaude et d’eau froide –, métaphore de ressentis contradictoires concomitants. Mardi 17 mai, moins de deux mois après avoir remporté la classique belge Gand-Wevelgem, le champion érythréen devient le premier coureur cycliste noir d’Afrique vainqueur d’une étape de grand tour en dominant la dixième du tour d’Italie dans la ville de Jesi.

Dans la foulée, sur le podium protocolaire, il sacrifie à la tradition d’ouverture d’une bouteille géante de mousseux de marque Prosecco. Pour mieux asperger le public en liesse, on secoue préalablement le magnum pour augmenter la pression du liquide festif. C’est sous cette pression que le bouchon jaillit du goulot et vient percuter violemment l’œil gauche du héros du jour. Certains bouchons de champagne seraient expulsés à la vitesse de 40 km/h…

Un cyclisme africain de plus en plus remarqué

Rapidement soigné à l’hôpital de Jesi, la pépite africaine et son équipe passent la soirée à réfléchir. Le mercredi, à la première heure, le staff indique qu’après avoir remporté la dixième étape, Biniam Girmay ne prendra pas le départ de la onzième. Il abandonne le Giro pour cause de lésions à l’œil qui nécessitent des précautions, du repos et des examens ophtalmologiques complémentaires.

Le cycliste se consolera sans doute en se disant qu’une victoire d’étape n’augure guère d’une victoire de tour et que le succès de mardi, même s’il s’est accompagné d’un bouchon « éborgneur », reste une mise en lumière déterminante pour la suite de sa carrière. Le champion n’a que 22 ans et n’est passé professionnel qu’en 2020. À ce titre, et si la blessure à l’œil s’avérait bénigne, mieux vaut, pour un coureur cycliste, une ecchymose au globe oculaire qu’une rupture des ligaments croisés.

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La mise en lumière du sprinteur Biniam Girmay est le symbole d’un cyclisme africain de plus en plus remarqué, pour ses rudes compétitions comme le Tour du Faso ou la Tropicale Amissa Bongo et pour ses champions méritants au matériel rare et ne disposant que de routes cahoteuses. En 2025, les championnats du monde de cyclisme seront d’ailleurs organisés, pour la première fois, sur le continent africain, dans le pays aux mille collines et au tour déjà trentenaire : le Rwanda.

D’ici là, que les organisateurs apprennent à réduire les risques que fait courir un bouchon de champagne. À l’ouverture du Giro actuel déjà, le vainqueur d’étape néerlandais Mathieu van der Poel avait reçu le bouchon facétieux au niveau d’une épaule…