Politique

Rwanda : RNC, une opposition en pleine déprime

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Faustin Kayumba Nyamwa, ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise, vit aujourd'hui en exil en Afrique du Sud. Les juges d’instruction Jean-Marc Herbaut et Nathalie Poux veulent l'entendre dans le cadre de la réouverture du dossier.

Faustin Kayumba Nyamwa, ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise, vit aujourd'hui en exil en Afrique du Sud. Les juges d’instruction Jean-Marc Herbaut et Nathalie Poux veulent l'entendre dans le cadre de la réouverture du dossier. © Siphiwe Sibeko/Reuters

Le Rwanda National Congress pleure Patrick Karegeya, l’un de ses fondateurs. Mais ce dernier était loin de s’entendre avec Kayumba Nyamwasa, l’autre grande figure du parti.

"Les FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda] s’associent à la tristesse de tous les Rwandais, et en particulier de la famille de feu le colonel Patrick Karegeya et du Rwanda National Congress [RNC]…" Le communiqué diffusé par les FDLR après l’assassinat, le 1er janvier, de Patrick Karegeya montre quelles alliances, parfois paradoxales, unissent diverses branches de l’opposition rwandaise en exil. "Ce n’est pas un hasard si un groupe issu des forces génocidaires se dit attristé par sa mort, confie, sous le couvert de l’anonymat, un cadre du RNC appartenant à l’une des coordinations du parti d’opposition cofondé par Karegeya. Le fait que d’anciens responsables du régime de Paul Kagamé reprennent à leur compte le discours de mouvements imprégnés de l’idéologie pro-Hutus est une aubaine pour eux !"

Ancien directeur des services de renseignements extérieurs, Patrick Karegeya était un ennemi irréductible des FDLR, jusqu’à ce que sa disgrâce à Kigali l’incite à gagner l’Afrique du Sud en 2007, où il est devenu un opposant résolu au régime rwandais. En décembre 2010, il compte parmi les dix membres fondateurs du RNC, dont les principaux ténors sont issus du Front patriotique rwandais (FPR) ou de l’armée.

Une ligne politique anti-Kagamé

"Depuis deux ans, il y [avait] des tensions entre Karegeya et le général Kayumba Nyamwasa [ancien chef d’état-major]", commente la même source. Des tensions qui se sont encore manifestées en décembre 2013, au moment de désigner la coordination du RNC en Afrique du Sud : "Kayumba soutenait la candidature de son beau-frère, alors que Karegeya avait son propre candidat."

Derrière ces dissensions se profilent des luttes d’influence plus profondes. Selon notre source, le RNC "a été actif dans les négociations visant à constituer une branche militaire avec les FDLR, avec la bénédiction des autorités congolaises". Un processus où Kayumba et Karegeya disposaient chacun de filières de financement distinctes. Kayumba étant limité dans ses déplacements hors d’Afrique du Sud, Karegeya se serait retrouvé en position privilégiée vis-à-vis des Congolais.

"Je ne suis pas le seul au sein du RNC à éprouver des états d’âme à l’égard de notre ligne politique, qui se résume trop souvent à une obsession anti-Kagamé occultant l’absence d’un véritable programme", ajoute ce cadre du RNC. En l’occurrence, les craintes qu’éprouvent ses camarades de parti pour leur sécurité n’ont pas que Kigali pour origine. "Certains membres du RNC ayant pris leurs distances ont déjà été menacés", conclut-il.

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