Politique

Mali : Assimi Goïta ou la fuite en avant permanente

A-t-on vraiment tenté de renverser le régime militaire de Bamako ? Au regard de la tendance de la junte malienne à voir le mal partout, il y a des raisons d’en douter.

Mis à jour le 19 mai 2022 à 16:58
Adrien Poussou

Par Adrien Poussou

Ancien ministre centrafricain de la Communication 

Un partisan du président par intérim Assimi Goïta lors d’un rassemblement pro-junte et pro-Russie à Bamako, le 13 mai 2022. © OUSMANE MAKAVELI/AFP

Le quarteron de colonels qui s’est emparé du pouvoir au Mali, il y a une vingtaine de mois, a-t-il failli être renversé à son tour ? C’est en tout cas ce qu’a affirmé son porte-parole, Abdoulaye Maïga, dans un communiqué publié le lundi 16 mai. D’après le texte, la tentative de putsch, attribuée à un « groupuscule d’officiers et de sous-officiers anti-progressistes », aurait eu lieu dans la nuit du 11 au 12 mai et aurait été « soutenue par un État occidental ». Et ce, quarante-huit heures seulement après que le Mali a annoncé son retrait du G5 Sahel.

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Au vu de la tendance de cette junte malienne à se désigner des ennemis imaginaires et de sa stratégie du complot permanent qui la pousse à voir le mal partout – rappelant ainsi les pires dictatures du 20e siècle – , nous pouvons émettre de sérieux doutes quant à la véracité des faits allégués.

Série d’accusations

D’abord parce que Assimi Goïta nous a habitués à des dénonciations de tentatives de coup d’État. En décembre 2020, quatre mois seulement après son premier coup d’État, la junte militaire avait accusé l’ancien Premier ministre Boubou Cissé et l’animateur radio Ras Bath de tentative de déstabilisation, avant que la justice malienne mette les accusés hors de cause. Et puis, il y a eu les accusations portées contre l’ex-secrétaire général de la présidence, Kalilou Doumbia et ses co-accusés, tous inculpés en novembre dernier. On ne saurait oublier la fameuse tentative d’assassinat du chef de la junte en pleine prière du vendredi et le « plan pour renverser le gouvernement », évoqué par l’actuel Premier ministre, Choguel Maïga, pour justifier l’expulsion de l’ambassadeur de France.

Chaque fois, ces accusations ne sont nullement détaillées. Il faut donc s’attendre à ce que l’enquête annoncée par le porte-parole du pouvoir de Bamako connaisse le même sort que les précédentes. D’ailleurs, à chaque supposée tentative de coup d’État, un « État occidental » est mis en cause sans être nommément désigné. Un classique des régimes aux abois.

Boucs émissaires ?

De plus, hormis quelques soldats (boucs émissaires ?) arrêtés, ni l’identité des assaillants ni leur nombre n’ont été indiqués par le communiqué, qui ne précise pas non plus s’il y a eu un début d’exécution. Auquel cas, on aurait su par exemple le nom de l’édifice public ou encore l’emplacement du centre névralgique attaqué par les conspirateurs. Curieusement, le texte des putschistes, qui crient au putsch, fait l’impasse sur ces éléments essentiels. Il semble même que les personnes arrêtées l’ont été pour avoir exprimé des désaccords. Or, pour parler de « tentative de coup d’État », il faut qu’il y ait eu un passage à l’acte, en plus de l’intention criminelle.

Enfin, empêtrées dans leurs propres contradictions, asphyxiées par les sanctions de la Cedeao qui ont rendu l’économie malienne exsangue et incapable de proposer des solutions aux problèmes quotidiens de la population, les nouvelles autorités maliennes, en plus de se retrancher derrière un pseudo-nationalisme qui ne vise qu’à masquer leur incompétence et leur manque de légitimité, reproduisent jusqu’à la caricature le théorème de Charles Pasqua : « Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et, si nécessaire, une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne rien. »

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Voilà pourquoi elles ont (encore) essayé de servir une légende sans queue ni tête à l’opinion publique malienne afin de la détourner des questions du moment, à savoir la sécurité, l’inflation qui grève le budget des ménages, ainsi que le nécessaire retour à l’ordre constitutionnel dans un délai raisonnable. Personne n’est dupe.