Politique

De la RDC au Bénin, comment African Parks étend son empire

Les écogardes de l’ONG sont en première ligne sur deux fronts essentiels : la préservation de la biodiversité, et, dans certaines régions, la lutte contre le jihadisme. Partout, les États leur délèguent une partie de leurs prérogatives. Décryptage en infographies.

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Mis à jour le 26 mai 2022 à 10:57

Odzala-Kokoua National Park © R. de la Harpe/Africa Med/SIPA

Sur le continent, les gouvernements tendent de plus en plus à déléguer la gestion des espaces naturels à des ONG, voire à des sociétés privées. Et sur ce « marché », African Parks Network (APN) fait désormais figure d’acteur central. Fondée en 2000, en Afrique du Sud, par cinq personnalités, dont le milliardaire néerlandais Paul Fentener van Vlissingen, ancien dirigeant du conglomérat énergétique SHV Holdings – qui a travaillé avec le régime d’apartheid -, et Mavuso Msimang, figure de l’ANC, l’association située à Johannesburg n’a cessé d’étendre son terrain d’intervention. Des rhinocéros blancs du parc national de Garamba, en RDC, aux crocodiles du plateau de l’Ennedi, au Tchad, les 1 064 éco-gardes d’APN sont chargés de veiller à la survie de certaines des espèces endémiques du continent et travaillent à leur réintroduction, là où elles ont été éradiquées.

Enjeux financiers et sécuritaires

Si l’objectif affiché est la protection de la nature, d’autres enjeux sous-jacents ne sont pas moins centraux dans la révolution en cours. Financiers, d’abord : outre les subventions des États – les fonds publics et privés dédiés à la protection de la nature – il faut ajouter la manne que représentent les revenus du tourisme de luxe qui se développe dans ces espaces protégés.

Enjeu sécuritaire, ensuite. Des forêts de l’est de la RDC aux parcs sahéliens, ces zones souvent enclavées et peu peuplées constituent un lieu de repli idéal pour les groupes armés. Au Bénin, où APN s’est vu confier la gestion des parcs de la Pendjari et du W, frontaliers avec le Burkina Faso et le Niger, les éco-gardes sont en première ligne face aux jihadistes qui tentent désormais d’étendre leur champ d’action vers le golfe de Guinée. En Côte d’Ivoire, des négociations sont en cours pour que l’ONG prenne la gestion du parc de la Comoé, à la frontière avec le Burkina, où les hommes de la katiba Macina tentent de s’implanter.

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Mais la délégation par les gouvernements de la gestion des parcs naturels à ces « anges gardiens de la biodiversité », motivée par un souci « d’efficacité », ne va pas sans poser de nombreuses questions. En partageant avec eux les renseignements glanés par leurs services, en multipliant les patrouilles conjointes avec des hommes armés salariés par une organisation privée – et étrangère – , en acceptant même parfois de partager la définition et la mise en œuvre de la stratégie de défense des frontières ou de sécurisation des populations, les États concèdent une part de leur souveraineté sur des sujets éminemment régaliens.