Politique

Mahmoud Ben Romdhane : « Il faut limiter le pouvoir de l’argent » en Tunisie

Mahmoud Ben Romdhane est l'ex numéro deux d'Ettajdid. © Ons Abid

Universitaire respecté, ancien numéro deux d'Ettajdid (ex-Parti communiste), Mahmoud Ben Romdhane est aujourd'hui membre du bureau exécutif de Nida Tounes et le coordinateur de son programme économique. Une interview publiée dans J.A. n° 2767.

Jeune Afrique : Y a-t-il un problème de démocratie à Nida Tounes qui serait à l’origine de la vague de démissions enregistrées en décembre ?

Mahmoud Ben Romdhane : Ce qui s’est passé à Sfax récemment est l’expression d’un dysfonctionnement lié à la crise de croissance du parti. Nida a été créé par un homme, Béji Caïd Essebsi, qui bénéficie d’un soutien et d’une admiration considérables. Grâce à lui, notre formation a réussi à s’imposer comme le premier parti du pays au niveau des intentions de vote. Nous sommes passés en très peu de temps de zéro à une multitude, et cela ne pouvait pas se faire sans heurts. La question qui se pose désormais, c’est celle de l’institutionnalisation. Comment passer d’un parti fait par un homme à un parti-institution ? Cela suppose des règles, des mécanismes de décision transparents et des instances capables de fonctionner…

Nida Tounes aspire à jouer les premiers rôles. Du coup, ne risque-t-il pas de subir exagérément l’influence de ses bailleurs de fonds ?

Les partis ne bénéficient pas de financements publics, et c’est gravissime. Dans une large mesure, c’est le pouvoir de l’argent qui gouverne. Or les partis n’ont même pas soulevé ce problème à la Constituante, alors qu’il s’agit d’un enjeu crucial. Limiter ou rationaliser les financements privés des partis doit être l’une des priorités du futur gouvernement. La menace plane aussi sur Nida Tounes, parce que les moyens qu’il développe sont bien plus importants que ceux des autres partis. Les forces de l’argent ont donc plus de possibilités d’exercer une influence. La dépendance aux bailleurs de fonds est une source de "désinstitutionnalisation". La bataille est là, c’est un défi permanent, quelle que soit par ailleurs l’éthique du parti et de ses dirigeants. L’éthique protège, mais la protection n’est jamais absolue. C’est le système qu’il faut changer.

Fallait-il tenir un congrès avant les élections, en dépit des risques inhérents à ce genre d’exercice ?

Nous avons soupesé le pour et le contre, et décidé de tenir un congrès constitutif pour respecter l’exigence de démocratie interne. On ne peut pas prétendre organiser la démocratie à l’échelle nationale si nous ne sommes pas capables de la mettre en place à l’échelle interne. Il existe des partis de gauche, des partis centristes, des partis d’obédience destourienne, mais tous ont des audiences limitées. L’alchimie particulière de Nida Tounes, c’est de fédérer toutes les sensibilités. C’est le secret de sa réussite. Mais il faudra faire en sorte qu’elles puissent se maintenir ensemble au cours du congrès. Nous souhaitons que la nouvelle direction soit mise en place par consensus, de manière à ce qu’aucune composante ne se sente exclue.

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Propos recueillis à Tunis par Samy Ghorbal

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