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Politique

Le quatrième Kabila

Par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Sur ce diamant brut niché dans l’écrin du bassin du fleuve Congo qu’est la RD Congo, beaucoup a été dit et écrit. À commencer par la chronique de ce gigantesque gâchis qui, cinquante-trois ans après son indépendance, fait de cette République d’environ 70 millions d’habitants (les chiffres varient considérablement selon les sources), dont la moitié a moins de 15 ans, un pays que même Nelson Mandela aurait été bien en peine de gouverner… Un ovni dans le concert des nations, bonnet d’âne en matière de développement humain, alors que son potentiel, minier, agricole ou énergétique, est tout simplement ahurissant.

Les responsables de ce naufrage ? Les Congolais eux-mêmes, bien sûr, mais pas seulement : grandes puissances et voisins s’y sont longtemps "amusés" dans l’ombre comme on joue au Monopoly, et ce n’est pas fini. L’avenir ? On le souhaite enfin serein à défaut d’être radieux. Mais il y a bien longtemps que l’on a appris à se méfier des promesses et des miracles aux allures de mirages.

À seulement 42 ans, Joseph Kabila en a passé treize à la tête de ce géant indomptable. Qu’on l’aime ou non, une chose est sûre : sa mission n’était guère une sinécure et rien ne dit qu’un autre aurait fait mieux à sa place. Il a hérité, en janvier 2001 et presque par hasard, d’un pays qui n’en était pas un. Une mosaïque de clans et de provinces aux intérêts antagonistes, qui ne savaient que se battre pour le pouvoir et où le chacun pour soi était devenu une véritable religion. Un territoire sans économie, gangrené par une corruption sans limites et une insécurité permanente, dépourvu d’infrastructures tenant encore debout, aux ressources humaines (bien) formées insuffisantes. Et où ce qui tenait lieu de classe politique ressemblait plutôt à un panier de crabes se disputant les restes faisandés d’un tilapia…

Personnage surprenant, secret et mutique que ce Joseph Kabila. Le jeune homme modeste, héritier d’un pouvoir dont personne ne peut affirmer qu’il le désirait vraiment, a un temps fait rêver les Congolais. C’était le premier Kabila. À partir de 2006 et jusqu’à récemment, peut-être sous la funeste emprise de Raspoutines équatoriaux, il dériva progressivement vers les rivages de l’autocratie et de l’opacité érigée en mode de gouvernance.

Et puis un troisième Kabila semble être né, tirant à l’évidence les leçons de la pitoyable présidentielle de novembre 2011. Plus ouvert, certainement débarrassé d’influences néfastes, plus mature, plus audacieux. Le binôme parfaitement complémentaire qu’il forme avec son Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, semble avoir remis le pays sur des rails prometteurs. Le discours, lui aussi, a changé. Ceux qui ont écouté son adresse à la nation du 23 octobre dernier, prononcée devant les deux chambres du Parlement réunies en congrès, n’ont certainement pas reconnu l’homme qui n’était jusqu’ici guère réputé pour ses talents de tribun. Son diagnostic sévère mais juste d’un pays rongé de l’intérieur, aux allures d’autocritique, sa main tendue à l’opposition et à la société civile, l’expression d’une réelle volonté de changement des pratiques mais aussi des mentalités et des comportements ont largement étonné, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières.

En attendant de savoir si Kabila respectera ou non la Constitution, et alors que le bruit court qu’il songerait de plus en plus à un scénario à la Poutine-Medvedev version congolaise, voire à faire un break de cinq ans pour mieux revenir, il ne sera jugé que sur un seul critère, toujours le même : le respect de la parole donnée. S’il veut laisser son empreinte, comme on lui en prête la volonté farouche, dans l’histoire guère reluisante de son pays, c’est le seul chemin qu’il peut désormais emprunter. Surtout s’il souhaite qu’un quatrième Kabila puisse voir le jour…

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