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Le grand réveil de la RDC

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RDC : notre révolution de velours

Mis à jour le 29 janvier 2014 à 16:38
Philippe Biyoya Makutu

Par Philippe Biyoya Makutu

Philippe Biyoya Makutu est professeur de sciences politiques à l’université de Kinshasa (Unikin) et à l’université de Lubumbashi (Unilu).

Ce qui ressort en premier lieu des concertations nationales qui se sont déroulées du 7 septembre au 5 octobre 2013, c’est l’impact du contexte politique régional sur la société congolaise. Violences armées, violations du droit international humanitaire, insécurité, instabilité, errance des populations civiles victimes des conflits, tensions dans les relations de voisinage… La somme de tous ces ingrédients, qui reviennent par cycles récurrents, a transformé le pays en théâtre permanent de crises et de guerres entre groupes armés nationaux et étrangers. Leurs conséquences tragiques ont déstructuré notre lien social, érodé notre solidarité nationale, laminé notre union. Ils ont creusé la fracture sociale dans une situation déjà difficile de pauvreté et de précarité. Ils ont aussi perverti les règles du jeu politique, dont les acteurs ont perdu tout ou partie de leur sens de l’engagement pour l’intérêt général de la nation et le bien-être des populations.

Si notre territoire national résiste encore à la menace de balkanisation, nous avons depuis longtemps cessé d’être une société de frères et d’hommes égaux. Pour résoudre nos querelles et nos conflits, nous nous sommes même habitués à ce que des partenaires extérieurs nous dictent des solutions taillées à la mesure de notre incapacité à trouver nos propres réponses de manière autonome et pacifique.

Cette tendance a été confortée par une culture d’opposition et de méfiance généralisée entretenue par les membres de la classe politique, qui se haïssent, se méprisent ou se désolidarisent, quand la population attend qu’ils fassent front commun et se dévouent à la cause nationale. Cette guerre de tous contre tous a gagné. Elle a infecté notre pratique du pouvoir sans que l’on s’en aperçoive. Elle a ruiné l’efficacité de nos institutions. Et, pour finir, notre société.

Pour sortir du désordre et de l’idéologie du "chacun pour soi et Dieu pour tous", d’importantes réformes s’imposent.

L’exercice auquel nous nous sommes soumis laborieusement pendant vingt jours nous a brusquement fait comprendre ceci : nous avons manqué d’un modèle social, d’un projet de société qui soit l’expression du vivre-ensemble et qui ancre notre cohésion nationale. Cet électrochoc nous permet aujourd’hui de rêver à une "refraternisation" des élites dirigeantes et à un retour de la solidarité nationale. Mais cela passera obligatoirement par la réaffirmation du rôle de l’État en tant que protecteur et garant du bien-être individuel et collectif, ainsi que de la sécurité humaine et politique.

Pour sortir du désordre et de l’idéologie du "chacun pour soi et Dieu pour tous", d’importantes réformes s’imposent. Elles devront d’abord s’attacher à restaurer le champ politique, en en révisant les règles. À cet égard, le Parlement devra se saisir de la réforme de la loi sur les partis. Il nous faut inventer une démocratie consensuelle et inclusive, qui assure que les gagnants et les perdants d’un scrutin participent tous à la gestion de la République. L’objectif est de rendre aux élections leur fonction arbitrale, alors qu’elles sont aujourd’hui réduites à la cristallisation des antagonismes ou des frustrations. Pour cela, elles doivent redevenir légitimes, donc dignes de confiance, ce qui ne pourra se faire sans crédibilité et sans son indissociable pendant, la compétence.

Sur le plan social également, la cohésion nationale exige des réformes majeures et des mesures concrètes dans les domaines de l’éducation, de la santé, du logement, des transports et de l’emploi, afin d’organiser la solidarité et de définir la conception des droits sociaux. Cette révolution s’articule autour de deux axes. D’une part, il faut rendre gratuit l’enseignement primaire si l’on veut éradiquer l’analphabétisme. D’autre part, l’État, ayant pour obligation de soigner ses citoyens, va devoir mettre en place un système sanitaire couvrant l’ensemble du territoire pour assurer à tous et partout un traitement égalitaire. Ce système devra en outre permettre une identification individuelle, unique et définitive prouvant l’appartenance de chacun à la société congolaise, et imposer la solidarité à travers une cotisation ou une contribution financière obligatoire proportionnelle aux revenus.

Unissons-nous dans la gestion des responsabilités au sein des institutions, afin de faire entrer dans l’Histoire cette nouvelle vision de l’avenir. Un avenir meilleur pour tous les Congolais.

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