Politique

Algérie : Ali Benflis dans les starting-blocks

Ali Benflis lors de la conférence de presse du 19 janvier à Alger. © CITIZENSIDE/FAYCAL NECHOUD / AFP

Candidat à l'élection présidentielle d'avril, l'ex-chef du gouvernement algérien Ali Benflis met progressivement en place son dispositif de campagne.

Entre son cuisant échec à la présidentielle de 2004 et l’annonce, le 19 janvier, de sa candidature au scrutin du 17 avril, Ali Benflis, 69 ans, aura connu une "traversée du désert" de plus de dix ans. En retrait de la scène politique, l’ancien chef du gouvernement n’avait pas pour autant renoncé à ses ambitions. "La présidentielle, je m’y prépare depuis dix ans, confie-t-il. Ce challenge relève du devoir de servir mon pays. Je suis prêt à le relever."

Désormais candidat à la succession de Bouteflika, 76 ans, au pouvoir depuis 1999, Ali Benflis, fils de chahid (martyr de la guerre d’indépendance) originaire de Batna, dans les Aurès, peaufine sa stratégie. Dans les bureaux d’avocats situés dans la cité Chaabani, sur les hauteurs d’Alger, ou dans la somptueuse villa de style mauresque qui lui sert de QG, l’homme enchaîne rendez-vous et réunions. Autour de lui, une équipe de fidèles collaborateurs et conseillers – avocats, anciens députés, ex-ministres, discrets hommes d’affaires – s’active. Certains l’accompagnent depuis l’époque où il était directeur de cabinet du président Bouteflika.

Première étape de cette campagne, le lancement d’un site internet, la confection des affiches et des badges électoraux, ainsi que l’élection des directeurs des comités de soutien dans les 48 wilayas (préfectures) et à l’étranger (Europe et Amérique). Candidat indépendant, celui qui fut secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) entre 2001 et 2003 entend s’appuyer sur ces réseaux de soutien. "Depuis deux ans, Benflis n’a cessé de structurer ces réseaux, qui constituent une machine de guerre, explique l’un de ses conseillers. Ne bénéficiant pas du soutien de l’administration, il devra s’appuyer sur ces comités, qui représentent son réservoir de voix."

"Ceux qui attendent une campagne sale de la part de Benflis seront deçus"

Deuxième étape : la collecte des fameuses signatures – celles de 60 000 électeurs à travers 25 préfectures ou celles de 600 élus locaux -, condition indispensable à la validation du dossier de candidature par le Conseil constitutionnel. L’opération est loin d’être une simple formalité. Les documents, une fois assermentés et légalisés, devront être déposés au plus tard le 4 mars. "Connaissant la légendaire lenteur de notre bureaucratie, nous avons pris les devants et serons en mesure de réaliser l’opération dans les délais", assure encore ce conseiller. Cette deuxième phase achevée, Ali Benflis devra alors passer à la troisième étape : l’organisation de réunions et de meetings aux quatre coins du pays. Un bus équipé d’une connexion internet wifi est prévu pour le déplacement des journalistes qui accompagneront le candidat dans sa tournée électorale.

Une fois son programme politique finalisé, Ali Benflis déroulera ses thèmes de campagne, qu’il a déjà énumérés le 19 janvier : lutte contre la corruption, indépendance de la justice, séparation des pouvoirs, création d’emplois, poursuite de la politique de réconciliation nationale et réforme de l’école. Va-t-il cogner sur Bouteflika et son bilan ? "Ceux qui attendent une campagne sale de la part de Benflis seront déçus, prévient l’un de ses proches. Il n’y aura pas de règlements de comptes ni d’attaques personnelles contre le président. Mais s’il n’est pas habité par un esprit de revanche, il ne s’interdira pas pour autant de faire l’inventaire des trois mandats de Bouteflika."

Ali Benflis multipliera les contacts avec les représentants des chancelleries étrangères accrédités à Alger.

Benflis se déplacera-t-il à l’étranger pour sensibiliser les électeurs de la diaspora ? Pour l’heure, rien n’a été décidé, croit savoir Abdelaziz Rahabi, ancien ambassadeur, aujourd’hui conseiller politique du candidat. En revanche, ce dernier multipliera les contacts avec les représentants des chancelleries étrangères accrédités à Alger. "Les demandes des ambassades se sont accrues depuis l’annonce officielle de sa candidature, souligne Rahabi. Les diplomates étrangers sont conscients qu’il n’est pas un candidat poids plume. Enfant du système – successivement bâtonnier, ministre de la Justice, patron du FLN, chef du gouvernement -, il a un pedigree qui pèse dans la balance."

Ali Benflis craint-il une candidature de Bouteflika, en convalescence depuis son AVC survenu le 27 avril 2013 ? Redoute-t-il l’entrée en lice d’un candidat coopté par le clan présidentiel ? A-t-il reçu des assurances de la part de l’armée ? "S’il nourrissait de telles craintes, il ne se serait pas déclaré candidat, objecte l’un de ses proches. Quant à l’institution militaire, qui peut vraiment prétendre connaître ses intentions ? Benflis ne construit pas son plan de campagne sur les rumeurs, les supputations et autres bruits de salon. Il le ferait qu’il changerait de stratégie matin, midi et soir."

Plus réconciliateur que Bouteflika ?

Ali Benflis s’est engagé, le 19 janvier, à mettre un terme à la "crise politique et sécuritaire" qui a ébranlé les "fondements de l’État" au cours des vingt dernières années. En d’autres termes, en finir avec le terrorisme, qui a fait plus de 100 000 morts. Dépositaire assumé de l’héritage de Liamine Zéroual et d’Abdelaziz Bouteflika, Benflis se dit prêt à engager "un dialogue avec l’ensemble des acteurs politiques et sociaux" pour approfondir le processus amorcé par les deux présidents, avant que ce débat ne soit "consacré par une décision souveraine du peuple algérien". Comprendre : aller plus loin que la loi sur la rahma ("clémence"), initiée par Zéroual en 1995 pour convaincre les terroristes de déposer les armes, et que la Concorde civile, projet phare de Bouteflika pour ramener la paix. Benflis entend-il faire promulguer une loi d’amnistie générale, ce que l’actuel président s’est gardé de faire ? L’avenir le dira.

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