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Zlecaf : pourquoi le secteur privé doit être aux commandes

Pour Makhtar Diop, directeur général d’IFC, les débuts de la Zone de libre-échange continentale africaine sont encourageants. Néanmoins, pour que cet accord réalise son plein potentiel, il doit s’accompagner d’investissements privés massifs.

Mis à jour le 13 juin 2022 à 09:33
Makhtar Diop

Par Makhtar Diop

Makhtar Diop est vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique.

Des chauffeurs routiers attendent près de leurs véhicules les résultats des tests de dépistage du coronavirus (Covid-19) au poste frontière à guichet unique de Namanga, entre le Kenya et la Tanzanie, le 12 mai 2020. © Thomas Mukoya/Reuters

Il y a un peu plus d’un an, l’Afrique célébrait le lancement officiel de la plus grande union douanière du monde, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), qui ouvre une ère nouvelle pour le commerce panafricain. Mais, pour tirer pleinement parti des avantages du libre-échange et garantir le succès de la Zlecaf, il est nécessaire de mobiliser le secteur privé et les investissements au sein du continent.

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À l’heure où les réseaux de transport et de logistique sont perturbés à travers le monde et où les guerres commerciales font rage, compter sur le reste du monde pour les produits de première nécessité s’est avéré un pari risqué. L’Afrique l’a appris à ses dépens avec la pandémie de Covid-19, alors qu’à peine 13 % des Africains disposent d’un schéma vaccinal complet en raison d’une distribution inéquitable des vaccins. Le monde le réalise à nouveau avec la guerre en Ukraine et son impact sur le prix du pétrole et la sécurité alimentaire.

Le commerce intra-africain a progressé, non seulement en volume, mais aussi en qualité

La suppression des obstacles au commerce transfrontalier et la création de sites de production régionaux capables de produire des vaccins et d’autres biens essentiels relèvent de l’urgence prioritaire pour l’Afrique. Et, sur ces questions, d’importants progrès sont en train d’être réalisés sur le continent.

Un grand pas en avant

Des investisseurs privés s’associent, en effet, aux établissements de développement pour encourager la fabrication de vaccins en Afrique – et pour l’Afrique. Au Rwanda, par exemple, IFC travaille aux côtés du gouvernement, de la fondation kENUP, de BioNTech, de plusieurs institutions de financement du développement et d’autres partenaires, en vue de créer des capacités de fabrication intégrées de vaccins, notamment contre le Covid-19, le paludisme et la tuberculose.

C’est également le cas au Sénégal, où IFC soutient l’Institut Pasteur de Dakar afin de lever des financements pour la construction d’une unité régionale de production de vaccins. Ces initiatives contribuent à renforcer les capacités de production, à développer les compétences techniques et à transmettre les meilleures pratiques, favorisant ainsi l’émergence d’actions similaires dans d’autres secteurs sur le continent.

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Au-delà des vaccins, il y a aussi d’autres évolutions positives. Au cours des deux dernières décennies, le commerce intra-africain a progressé, non seulement en volume, mais aussi en qualité. Les biens échangés sur le continent africain sont plus diversifiés et possèdent une plus grande valeur ajoutée que ceux échangés avec le reste du monde.

Il y a urgence à combler le déficit en matière d’infrastructures et de connectivité

La Zlecaf nous donne l’occasion d’aller encore plus loin. Les progrès dans les négociations et les ratifications ont été rapides, et l’accord récent sur les règles d’origine est un grand pas en avant.

Encourager la concurrence

Mais l’avenir de la Zlecaf n’est pas seulement entre les mains du secteur public. Pour que le libre-échange réalise son plein potentiel, il doit s’accompagner d’investissements du secteur privé afin de combler le déficit en matière d’infrastructures et de connectivité, et donner aux entreprises africaines les outils et les ressources dont elles ont besoin pour être compétitives sur le marché africain. En encourageant la concurrence et en attirant les capitaux privés, les États seront en mesure de développer des réseaux de transport, d’élargir l’accès à internet et de profiter des opportunités offertes par la révolution numérique qui déferle sur le continent.

L’histoire récente de l’Afrique est émaillée d’accords commerciaux restés lettre morte

Le secteur privé a également un rôle central à jouer pour insuffler une dynamique de réformes favorables au commerce et accélérer la mise en œuvre de la Zlecaf. Comme les alliances entre les entreprises de différents pays le démontrent, le renforcement du commerce transfrontalier, la suppression les barrières non tarifaires et l’harmonisation des politiques et des réglementations transformeront le continent.

L’Afrique, à la croisée des chemins

IFC, branche du Groupe de la Banque mondiale dévolue au secteur privé, s’emploie à aider les entreprises à tirer le meilleur parti de la Zlecaf. Nous savons que le financement du commerce est essentiel pour développer les échanges intra-africains : il garantit en effet aux acheteurs de recevoir leurs marchandises, et aux vendeurs de recevoir leurs paiements.

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Sans cela, les exportations et importations de biens et de services s’avèrent plus compliquées et, pour les entreprises, il devient plus difficile d’innover, de créer des emplois et de contribuer à la croissance économique. À ce jour, nous avons ainsi engagé 17 milliards de dollars pour faciliter les échanges transfrontaliers dans la région et, au cours des derniers mois, nous avons affecté 2 milliards de dollars supplémentaires dans le cadre d’un nouvel effort visant à promouvoir le financement du commerce et à soutenir les micro, petites et moyennes entreprises (MPME).

Malgré les progrès sensibles des dernières années, l’Afrique est à la croisée des chemins. Près d’un quart des pays signataires n’ont pas encore ratifié la Zlecaf, et sa mise en œuvre complète n’est pas prévue avant 2053. Compte tenu de la tâche monumentale qui nous attend, ce n’est pas le moment de lever le pied. L’histoire récente de l’Afrique est émaillée d’accords commerciaux qui sont restés lettre morte. Pour que, cette fois-ci, les choses soient différentes, et que cet accord tienne sa promesse d’ouvrir les marchés et de connecter 1,3 milliard de personnes vivant dans les 54 pays du continent, le secteur privé – le pilier de l’économie africaine – doit être aux commandes.