Politique

Somalie : les législateurs réunis pour désigner le prochain président

Les législateurs somaliens ont commencé dimanche à voter pour désigner le prochain président du pays parmi 36 candidats, dans un lieu sous haute sécurité de Mogadiscio, en raison de l’insurrection des islamistes radicaux shebab.

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Mis à jour le 15 mai 2022 à 17:42

Le président somalien Mohamed Abdullahi Farmajo, au centre, entouré de ses prédécesseurs Hassan Sheikh Mohamud (gauche) et Sharif Sheikh Ahmed à Mogadiscio le 22 février 2017. © Farah Abdi Warsameh/AP/SIPA

Avec plus d’un an de retard, députés et sénateurs votaient dimanche 15 mai sous une tente dressée dans le périmètre de l’aéroport de Mogadiscio, où les forces de sécurité sont omniprésentes.

La capitale a été placée sous couvre-feu interdisant toute activité publique. Les vols d’avion ont également été annulés, a indiqué une source officielle.

Le chef de l’État sortant, Mohamed Abdullahi Mohamed, dit Farmajo, est candidat à sa réélection, ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’a réussi à réaliser.

Un an de crise politique

Cette élection doit signer la fin de plus d’un an de crise politique. Le mandat de Farmajo était arrivé à échéance en février 2021, sans accord avec les dirigeants régionaux sur l’organisation de nouvelles élections. La prolongation de deux ans de son mandat par les députés en avril 2021 avait déclenché des combats à Mogadiscio, ravivant le souvenir des décennies de guerre civile qui ont ravagé le pays après 1991.

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Depuis un an et demi, la communauté internationale a multiplié les appels à boucler les élections, estimant que les retards détournaient les autorités de la lutte contre les islamistes radicaux shebab, affiliés à al-Qaïda, qui mènent une insurrection dans le pays depuis 15 ans.

Ces derniers mois, les shebab ont intensifié leurs attaques, menant notamment un sanglant double attentat dans le centre du pays le 24 mars (48 morts), puis une attaque d’envergure contre une base de la force de l’Union Africaine (dix morts selon un bilan officiel).

Cette élection sera également capitale pour l’avenir économique de la Somalie, dont 71% de la population vit avec moins de 1,90 dollar par jour (1,80 euro).

Le FMI a mis en garde qu’un programme d’aide pourrait s’arrêter automatiquement au 17 mai si une nouvelle administration n’était pas en place. Le gouvernement a demandé fin avril de repousser de trois mois cette échéance, sans réponse pour l’instant.

Le pays fait également face à l’une des pires sécheresses des dernières décennies. Les organisations humanitaires redoutent une famine similaire à celle de 2011, qui avait tué 260 000 personnes.

Système électoral complexe

« En termes de résultats, la politique somalienne est difficile à prévoir, explique Omar Mahmood, analyste à l’International Crisis Group. C’est essentiellement une affaire d’alliances et de relations plutôt que de programmes ».

Face au président sortant se présentent notamment deux de ses prédécesseurs, Hassan Cheikh Mohamoud (2012-2017) et Sharif Cheikh Ahmed (2009-2012), ainsi que son ancien Premier ministre (mars 2017-juin 2020), Hassan Ali Khaire. Parmi les autres candidats figurent le président de la région du Puntland, Saïd Abdullahi Dani, et une seule femme, l’ancienne ministre des Affaires étrangères et vice-Première ministre Fawzia Yusuf Adan.

L’élection suit un complexe système indirect, dans lequel les assemblées des États ainsi que des délégués investis par une myriade de clans et de sous-clans choisissent les législateurs qui, à leur tour, désignent le président.

Pour être élu, un candidat devra rassembler au moins deux-tiers des voix des députés et sénateurs (184). Si aucun ne réunit ce total au premier tour, un deuxième est organisé entre les quatre candidats arrivés en tête. Si aucun d’entre eux ne parvient à être élu, un nouveau tour de scrutin est organisé entre les deux candidats ayant réuni le plus de voix au deuxième tour.

Avec AFP