Culture

Algérie-France : une mini-série et un film pour se souvenir de Malik Oussekine

Une nouvelle création Disney+ et le prochain long-métrage de Rachid Bouchareb, présenté à Cannes, reviennent sur l’histoire de ce jeune étudiant d’origine algérienne tué par la police française en 1986.

Mis à jour le 20 mai 2022 à 17:56

Série Malik Oussékine © DISNEY

Paris, dans la nuit du 5 au 6 mai 1986. Des manifestations sont organisées contre le projet de loi Devaquet visant à réformer et privatiser les universités françaises. Au même moment, Malik Oussekine, un étudiant pacifiste de 22 ans, sort d’un club de jazz situé dans le quartier de l’Odéon, non loin de La Sorbonne, et progresse sur le boulevard Saint-Germain. Il est pourtant pris pour cible par trois policiers voltigeurs armés de matraques qui le frappent à mort.

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Très vite, l’affaire fait l’objet d’un battage médiatique sans précédent et se retrouve instrumentalisée dans un contexte de cohabitation politique. La gauche l’utilise pour affaiblir une droite plus puissante au Parlement, aux relents autoritaires. « L’affaire Malik Oussekine n’est pas juste un phénomène médiatique, de société. On voulait dézoomer et raconter la trajectoire de Malik pour faire notre devoir de mémoire », explique Antoine Chevrollier, créateur de la mini-série de quatre épisodes Oussekine, disponible sur Disney+ depuis le 11 mai, et déjà à l’origine du succès de Baron noir et du Bureau des légendes.

Roman national

L’histoire de Malik Oussekine ne sera jamais traitée autrement qu’à travers les coupures de presse et les journaux télévisés de l’époque. Une base de documentation néanmoins solide pour la belle équipe de scénaristes, pilotée par Lina Soualem (réalisatrice du brillant documentaire Leur Algérie en 2021). Mais c’est aussi et surtout grâce aux témoignages de l’entourage, à la parole intime des proches de Malik, de sa sœur Sarah à sa mère (interprétée par l’excellente Hiam Abbass), en passant par ses frères Mohamed et Ben Amar, que l’équipe a pu redonner corps et subjectivité aux Oussekine.

« Malik était un gamin de Meudon qui regardait Paris avec de grands yeux et qui avait envie de découvrir le monde. Il était solaire et avait confiance en lui », glisse Antoine Chevrollier, toujours en contact avec la famille, pour qui cette histoire fait partie du roman national.

Interroger le rapport de la France aux anciennes colonies

Si en 1995, le film La Haine de Matthieu Kassovitz faisait résonner le nom de Malik dans sa bande-son, avec le morceau du groupe Assassin, « L’état assassine », il a fallu attendre plus de trente ans pour que cette histoire soit racontée à l’écran. Et c’est aujourd’hui non pas une, mais deux œuvres qui s’y intéressent. La sortie de la création Disney+ coïncide en effet avec la présentation au festival de Cannes 2022 du long-métrage de Rachid Bouchareb, Nos frangins. Comme pour rappeler le besoin urgent de réparer et de panser des blessures transgénérationnelles encore ouvertes.

Bien plus qu’une histoire sur les violences policières, qui résonnent encore tragiquement dans l’actualité, Oussekine raconte aussi l’histoire de l’immigration algérienne à travers le personnage du père de Malik, qui a combattu dans les troupes françaises lors de la Seconde Guerre mondiale. La mini-série revient aussi sur l’épisode tragique du 17 octobre 1961, quand une centaine d’Algériens manifestant à l’appel du FLN pour le droit à l’indépendance de leur pays ont été tués. Une répression sanglante que l’État français n’a reconnue qu’un demi-siècle plus tard, en 2012, sous la présidence de François Hollande, à travers un hommage aux victimes, puis lors d’une commémoration inédite menée par Emmanuel Macron, en octobre 2021. C’est donc aussi le rapport de la France aux anciennes colonies que cette série vient questionner.

 © JEAN-CLAUDE LOTHER/DISNEY

© JEAN-CLAUDE LOTHER/DISNEY

Oussekine, d’Antoine Chevrollier, une série de quatre épisodes diffusée sur Disney+ depuis le 11 mai