Économie

Hydrocarbures : avec EACOP, Bolloré Logistics joue la carte du « développement économique régional »

L’entreprise rachetée par le suisse MSC se lance dans le projet du plus grand pipeline chauffé au monde. Les banques et les assureurs se tiennent à l’écart du projet.

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Mis à jour le 12 mai 2022 à 16:56

Vincent Bolloré au défilé organisé à Dosso (Niger) pour la fête nationale, le 18 décembre 2014. Arrivée de Vincent Bolloré à la tribune officielle pour asister au défilé civil et militaire organisé à Dosso (Niger) pour la fête nationale di Niger au côté du président Isoufou, 18-12-2014 © Vincent Fournier/JA

Bolloré Logistics a remporté le contrat de principal fournisseur logistique de l’East African Crude Oil Pipeline (EACOP), un projet que de nombreuses banques et assurances refusent de soutenir.

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L’EACOP a été conçu pour exporter le pétrole du bassin du lac Albert, à la frontière entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo, jusqu’au port de Tanga en Tanzanie. Sa longueur de 1 445 kilomètres en fera le plus long oléoduc chauffé du monde, qui devra transporter environ 216 000 barils de pétrole par jour.

Les coûts initiaux du projet, qui s’élevaient à 3,5 milliards de dollars, sont passés à 5 milliards de dollars en raison de la hausse des prix de l’acier, du transport maritime et du financement.

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La société française TotalEnergies et la société publique China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) sont les principaux investisseurs dans ce projet. La construction devrait commencer dans le courant de l’année, et la première livraison de pétrole est prévue pour 2025.

Émissions de carbone

L’obtention de ce contrat logistique ne devrait pas être « pas un motif de fierté ou de célébration », estime Robyn Hugo, directrice de l’engagement en faveur du changement climatique de l’organisation sud-africaine d’actionnariat militant Just Share.

« Bolloré sera partie prenante d’un projet responsable de l’émission de millions de tonnes de carbone nocives chaque année. Sans parler de l’exploitation des ressources de l’Ouganda au profit de pays étrangers et de multinationales qui n’ont aucun intérêt pour la santé et le bien-être des Ougandais. »

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« Ce pipeline ne contribuera même pas à améliorer l’accès local à une énergie fiable et abordable », ajoute-t-elle. « Les conséquences pour l’Afrique de l’Est seront désastreuses. »

Risque d’annulation

Des associations militantes telles que BankTrack ont fait valoir qu’en plus des émissions de carbone, l’EACOP présente des risques environnementaux et sociaux pour les zones de faune protégées, les sources d’eau et les communautés en Ouganda et en Tanzanie.

Le risque de réputation pour les entreprises concernées ne devrait pas s’atténuer

Les banques sud-africaines Absa, Investec, Nedbank et First Rand ont toutes exclu de financer le projet, tandis que Standard Bank déclare vouloir évaluer les objectifs de réduction des émissions de carbone des partenaires du projet avant de prendre une décision.  Des banques comme HSBC, Barclays, BNP Paribas et Credit Suisse ont déclaré qu’elles ne participeraient pas au projet.

En avril, le plus grand réassureur mondial, Munich Re, a déclaré qu’il ne souscrirait pas au projet, rejoignant ainsi Hannover Re, Swiss Re, Axa, Allianz, Zurich et SCOR. Selon une étude réalisée par Fitch Solutions en avril, le risque de réputation pour les entreprises concernées ne devrait pas s’atténuer, les militants continuant à espérer qu’ils pourront empêcher le démarrage de la construction.

Graves risques

Chez Bolloré Logistics, on fait savoir que l’accord créera des opportunités d’emploi, de sous-traitance et de formation en Ouganda et en Tanzanie. BankTrack affirme que l’EACOP créera un total de 5 000 emplois, dont seulement 300 seront permanents, et que ce chiffre est éclipsé par la perte potentielle d’emplois dans le tourisme. Environ 40 % du pétrole du lac Albert est situé dans le parc national de Murchison Falls, le plus grand parc de l’Ouganda et une destination touristique populaire.

Investir dans les énergies renouvelables permettra de fournir beaucoup plus d’emplois aux communautés locales

Le projet présente « de graves risques climatiques, sociaux et environnementaux et se heurte à une résistance importante de la part des communautés locales et de la société civile mondiale, notamment par le biais de litiges », déclare Hugo de Just Share.

« Investir dans les énergies renouvelables, le tourisme, l’agriculture à petite échelle, la pêche et la reforestation permettra de fournir beaucoup plus d’emplois aux communautés locales, un plus large éventail de bénéfices économiques pour l’Afrique de l’Est et un environnement plus sain et plus stable. »