Politique

Algérie : Mohamed Mediène, le mystère Toufik

Un Algérois lit le journal En-Nahar, le 13 septembre 2015, avec en une, une photo, pour la toute première fois, du général Toufik. © Farouk Batiche/AFP

Le puissant patron des renseignements algériens, Mohamed Mediène alias Toufik, a été mis à la retraite par le chef de l'État Abdelaziz Bouteflika. La fin d'un parcours de plus de 25 ans à la tête du DRS ? Voici son portrait, publié en février 2014, alors qu'il venait d'être violemment critiqué par un proche du clan présidentiel.

Il y a dix ans, la seule évocation de son nom relevait presque du tabou. Son image plus encore : on recense à peine trois clichés, pris en cachette. Inamovible chef des services de renseignements depuis vingt-quatre ans, Mohamed Mediène, alias Toufik, 75 ans, a toujours inspiré crainte ou révérence. Sa personnalité et son influence dans les cercles du pouvoir n’ont cessé d’alimenter légendes et fantasmes, à tel point que ses compatriotes l’ont surnommé Reb Dzaïr (« le dieu de l’Algérie »).

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Mais ça, c’était avant. Avant le tsunami médiatique soulevé par les violentes critiques que lui a adressées Amar Saadani. Le secrétaire général du FLN a accusé le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), dirigé par Mediène, d’avoir essuyé de nombreux échecs et a été jusqu’à réclamer la tête de ce dernier. Porte-voix du clan présidentiel, très proche de Saïd Bouteflika, Saadani accuse également le général-major et son service de s’opposer à un quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, 76 ans, qui peine à se remettre de son accident vasculaire cérébral du 27 avril 2013.

Le DRS, un État dans l’État

Aujourd’hui, le patron du DRS ne semble plus intouchable. Mais si le tabou est brisé, le mystère Toufik demeure entier. Originaire de la Petite Kabylie, cet ancien combattant de la guerre d’indépendance fait ses classes au début des années 1960, tout d’abord comme artilleur en Jordanie, puis auprès des maîtres espions soviétiques du KGB, avant d’occuper, deux décennies durant, divers postes au sein de la Sécurité militaire (longtemps dirigée par le non moins mystérieux Kasdi Merbah, qui fut son mentor).

Très à l’écoute de ses collaborateurs, qui lui sont extrêmement fidèles, Toufik est au courant de tout.

En septembre 1990, Mohamed Mediène prend du galon en héritant de la direction des services secrets, rebaptisés pour l’occasion DRS et soustraits à l’autorité de l’état-major grâce à leur rattachement direct à la présidence. Ses prérogatives sont tentaculaires, ses pouvoirs redoutables, ses moyens immenses.

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Mohamed Mediène, dit le général Toufik, est sorti de sa réserve pour défendre son ancien bras droit le général Hassan © DR

Sécurité intérieure, espionnage et contre-espionnage, protection du président, lutte contre le terrorisme, contrôle des médias et de l’information, infiltration du tissu associatif et des partis politiques… Toufik fera du DRS un État dans l’État. « Il tire sa force et sa puissance des innombrables réseaux qu’il a tissés en cinquante ans de carrière dans les Services, témoigne l’une de ses connaissances. Très à l’écoute de ses collaborateurs, qui lui sont extrêmement fidèles, il est au courant de tout. »

Féru de renseignements, peu loquace, dévorant dossiers et synthèses, qu’il annote souvent au crayon, l’homme est, dit-on, un animal à sang froid. « Il s’emporte rarement, prend du recul sur les événements et garde son self-control même dans les situations les plus dramatiques – et Dieu sait que l’Algérie en a connu durant les vingt dernières années. Cela explique en partie sa longévité », témoigne un officier qui l’a côtoyé. D’une discrétion absolue, fuyant les mondanités, cet homme réputé intègre contrôle étroitement son image. Amateur de cigares et passionné de football, un sport qu’il pratique au moins une fois par semaine, Toufik n’a jamais accordé d’entretien à la presse, bien qu’il reçoive discrètement des journalistes.

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Il appuie la réélection de Bouteflika

Qualifié de faiseur de rois, il aura joué un rôle clé lors de la démission de Chadli Bendjedid en 1992 et de son remplacement par Mohamed Boudiaf (assassiné six mois plus tard), dans l’élection de Liamine Zéroual en 1995 puis son retrait, annoncé en 1998, ainsi que dans l’arrivée au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika en 1999. Loyal, il appuie la réélection de ce dernier en 2004, bénit son projet de réviser la Constitution de 1996, qui limitait l’exercice présidentiel à deux mandats, avant de soutenir sa troisième candidature (victorieuse). Mais comme le chef de l’État, Mohamed Mediène devra un jour prendre sa retraite. Quand ? La réponse fait partie des mystères de Toufik.

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