Politique

Maroc – Histoire : soufis et salafis face au colonialisme français

Les confréries soufies ont souvent été présentées comme des alliées du Protectorat français (1912-1956). Mais la réalité est plus complexe et nuancée. Récit. 

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Par - à Casablanca
Mis à jour le 11 mai 2022 à 14:48

Le général Hubert Lyautey (1854-1934) obtenant la soumission d’une tribu rebelle du Sahara, au Maroc. Gravure parue dans « Le Petit Parisien », le 22 juillet 1906. © Selva/leemage via AFP

Sidi Mohamed Ben Slimane Al-Jazouli (1404-1466) est l’un des sept saints de Marrakech, des religieux soufis aujourd’hui encore vénérés dans l’islam populaire marocain. Ce fondateur de la zaouïa Jazouliyya s’est notamment illustré dans son combat contre l’occupation portugaise sur les côtes du littoral marocain.

Au XVe siècle, les Mérinides – alors dynastie régnante – sont sur le déclin du fait de la montée en puissance d’une autre dynastie berbère : les Wattassides. Leur rivalité engendre des luttes sanglantes, dans le contexte d’une terrible épidémieazb de peste noire. Le pays est en proie à l’anarchie, une situation qui encourage les désirs d’expansion du roi Henri III de Castille (1379-1406) et du roi Jean Ier du Portugal (1357-1433), qui s’emparent respectivement de Tétouan en 1399 et de Ceuta, ainsi que de l’îlot Leïla en 1415.

Jazouli, un soufi contre les Portugais

De 1481 à 1514, le Portugal continue à développer son emprise sur le littoral atlantique nord-africain en prenant les ports de Safi, Azemmour, Massa, Mogador ou encore Mazagan. Or, dès 1440, Jazouli, érudit soufi tour à tour établi à Fès, Marrakech, El-Jadida ou encore Safi et dont la confrérie est extrêmement célèbre au Maroc, prend la tête du jihad contre la présence portugaise. Le religieux dénonce l’incapacité des Mérinides à protéger la côte atlantique du Maroc et ouvre sa confrérie à la résistance armée. L’islamologue français Louis Massignon évoque même « une véritable milice monastique anti-chrétienne », dans l’ouvrage Le Maroc dans les premières années du XVIe siècle.

Ses positions causent la disgrâce de Jazouli, qui meurt vers 1466 à Gzoula, dans la province de Marrakech, mais il aura laissé une trace indélébile dans l’histoire du Maroc. Dès 1511, Abou Abdallah al-Qaim (1457-1517) – fondateur de la dynastie saadienne (originaire du sud marocain) et disciple de Jazouli – décide de reprendre le flambeau et de mener à son tour le combat contre les Portugais.

En 1541, les Saadiens libèrent le territoire de l’emprise portugaise. En 1554, ils évincent les Wattassides et règnent sur l’ensemble du Maroc. La dynastie saadienne vouera une reconnaissance éternelle à Jazouli, dont la dépouille sera transférée à Marrakech en 1523 et sanctuarisée à la demande d’Abou Abdallah al-Qaim.

Les soufis, précurseurs du combat anti-colonial ?