Médias

Des souris et des hommes

Par

Ecrivain

Le malentendu, c’est bien sûr le titre d’une pièce de Camus, mais ce pourrait tout aussi bien être une qualification adéquate de la condition humaine. On dirait que nous sommes ballottés de malentendu en quiproquo, et que nous ne sortons de l’un que pour tomber dans l’autre. Aujourd’hui, c’est donc un malentendu ahurissant que nous allons déplorer ensemble.

Ça se passe dans une université d’Europe du Nord, dans une faculté spécialisée dans l’étude des médias et de la communication. Les élèves qui y sont inscrits doivent choisir un thème général proposé par un professeur puis écrire un mémoire de bachelor là-dessus. Jusque-là, tout va bien. Un étudiant du nom de Peter (c’est un pseudonyme, bien sûr) choisit le thème suivant : "L’image des animaux dans les médias" proposé par le professeur X – là encore, il s’agit d’un pseudonyme.

Cependant, entre octobre, le mois où Peter a choisi le thème, et décembre, le mois où il doit passer à l’écriture de son mémoire, il s’est passé quelque chose d’important dans sa vie : il a rencontré une charmante étudiante d’origine turque et les deux tourtereaux se sont mis ensemble – vive la mixité, dans tous les sens du terme. Du coup, Peter décide de changer l’objet de son mémoire : il veut désormais étudier l’image des Turcs dans les médias. Pourquoi pas ? Le professeur X, averti du souhait de son étudiant, n’élève aucune objection. Pour des raisons administratives, Peter reste cependant inscrit dans le groupe "L’image des animaux dans les médias", sauf qu’au lieu d’étudier le rat de Ratatouille ou le lionceau du Roi lion, il va s’intéresser aux enfants d’Atatürk tels que perçus par la presse.

Catastrophe ! Lorsque la liste des mémoires est publiée, un de ces enfants d’Atatürk, justement, découvre avec indignation qu’on les étudie, lui et ses congénères, dans la rubrique "Nos amies les bêtes". Son sang de mammifère ne fait qu’un tour, ses doigts d’animal au sang chaud volent sur le clavier de son ordinateur et voilà que les réseaux sociaux s’enflamment en rugissant (si j’ose dire). Des manifs sont prévues, une grande marche (de pingouins ?) va être organisée, le boycott de l’université présumée turcophobe s’annonce… Heureusement, le recteur de la faculté réagit au quart de tour, il publie urbi et orbi et dans les tanières circonvoisines des communiqués apaisants où il explique le malentendu qui a mené à cette situation malencontreuse. Le Turc étant un animal raisonnable, tout finit par s’arranger, des excuses sont formulées, des bouquets de fleurs échangés et Peter inscrit son mémoire sous le thème "L’image de l’immigré dans la presse". Ouf, on a eu chaud.

On tremble à l’idée que le recteur aurait pu être moins réactif. Toute une université qui part en flammes à cause d’un incident sans importance ? Oui, ç’aurait pu se passer : voyez l’Europe en 14-18. On en célèbre le centenaire…

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