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Vue du centre d’Abidjan. Au premier plan, le nouvel Ivoire Trade Center, à Cocody. © Nabil Zorkot.

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Côte d’Ivoire : jeu décisif

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Côte d’Ivoire : Ouattara, Gbagbo, Bédié… La valse des mastodontes

Les vœux de renouvellement générationnel prononcés, il serait logique que les trois superstars de la politique ivoirienne se retirent de la course à la présidence de 2025. Et pourtant…

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Mis à jour le 31 mai 2022 à 14:32
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

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Tout irait pour le mieux dans la meilleure des Côte d’Ivoire – pour paraphraser Pangloss, le personnage de Voltaire –, si l’on en croît les conclusions de la cinquième phase du dialogue politique ivoiro-ivoirien. Et voici les responsables de la « réconciliation et de la cohésion nationale » qui peaufinent l’apaisement en réunissant des ambassadeurs ou en dépêchant des émissaires de pointure jusqu’à La Haye. Le tout avec une normalisation de la structure institutionnelle, à travers la désignation du vice-président de la République, la reconduction du Premier ministre et le discours du président sur l’état de la nation.

Citer Pangloss ne suffit pas à adopter l’optimisme de Candide. Alors qu’Alassane Ouattara achève le premier tiers de son troisième mandat, de discrètes stratégies sont déjà marmonnées, en vue des scrutins de 2023 et, surtout, de 2025, l’élection à la magistrature suprême suscitant toujours la personnalisation à outrance.

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Les peuples ne pansent leurs plaies que si les ambitions politiciennes égoïstes ne les rouvrent pas. Certes, la réconciliation n’exclut pas la compétition. Mais la question du casting interroge, trois acteurs – un septuagénaire et deux octogénaires – continuant d’occuper l’espace, tous trois oints d’une expérience présidentielle.

Coalitions multiples

Alassane Ouattara (80 ans), Laurent Gbagbo (77 ans) et Henri Konan Bédié (88 ans) ont été les métronomes politiques des trente dernières années, offrant le spectacle de valses aux coalitions multiples : « ADO et Gbagbo » en 1994, « Gbagbo et HKB » en 2000 et « ADO et HKB » en 2005. Les combinaisons étant aujourd’hui épuisées et les vœux de renouvellement générationnel prononcés, il serait logique que les trois mastodontes se retirent de la course à la présidence. Pourtant…

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Si Ouattara avait promis de ne pas briguer le troisième mandat qu’il effectue quand même – il s’était finalement porté candidat après le décès de son dauphin, Amadou Gon Coulibaly, en juillet 2020 –, et s’il affirme ne pas être « à la recherche d’un job à 80 ans », il ne ferme ni ne verrouille la porte à une nouvelle campagne. En mars dernier, un porte-parole du Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) indiquait que Bédié (91 ans en 2025) ne renoncerait à une candidature que si le parti trouvait « un candidat capable de gagner ». Quant à Gbagbo, en avril, il déclarait penser « aux municipales demain, aux législatives, à la présidentielle »…

Superstars et « vieux jeunes »

Le serpent de mer de la réinstauration d’une limite d’âge pour la présidentielle refera-t-il surface pour clore le débat ? Au début d’avril, le député indépendant Antoine Assalé Tiémoko déposait un projet de loi suggérant de la limiter à 75 ans, dans ce pays où l’espérance de vie n’atteint pas 60 ans (57 ans, selon le Programme des Nations unies pour le développement). Peut-être les trois superstars de la politique n’entretiennent-elles le flou que pour ne pas s’avouer hors-jeu, en particulier le président en exercice, qui ne doit pas démonétiser la fin son mandat.

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Sans doute les « jeunes vieux » ou « vieux jeunes » de la politique ivoirienne, Guillaume Soro et Charles Blé Goudé, actuellement « empêchés », pensent-ils avec une certaine nostalgie à la fin des nineties qui leur promettait un avenir fulgurant. En abordant la cinquantaine, les voici dans la position d’un prince de Galles qui voit le trône promis toujours occupé par une reine de 96 ans. Or il y avait quelque chose de monarchique dans la posture de celui que peu se permettent de critiquer aujourd’hui. Décédé au pouvoir, Félix HouphouëtBoigny avait la réputation de priser la pensée populaire qui enseigne que l’on ne désigne pas quelqu’un du doigt en disant : « C’est un ancien chef. »