Politique

Tunisie – Nejib Chebbi : « Kaïs Saïed divise les Tunisiens au lieu de les unir »

Fondateur historique du Parti démocrate progressiste (PDP), Ahmed Nejib Chebbi est parvenu à fédérer les mouvements d’opposition à Kaïs Saïed autour d’un Front de salut national. Entretien.

Réservé aux abonnés
Par - à Tunis
Mis à jour le 2 mai 2022 à 12:37

L’opposant Ahmed Nejib Chebbi, à Tunis, le 14 février 2022. © Yassine Gaidi/Anadolu Agency via AFP

À 77 ans, il aurait pu se contenter d’observer, en expert averti, l’agitation de la scène politique tunisienne. Mais Ahmed Nejib Chebbi, fondateur du parti El Amal, a choisi d’agir, en lançant un front de salut national, qui vise à faire dialoguer diverses composantes de la vie publique.

Ancien opposant à la dictature de Ben Ali, il se dresse aujourd’hui contre le projet du président Kaïs Saïed, qui, le 25 juillet 2021, s’est accaparé l’essentiel des pouvoirs et a gelé le activités de l’Assemblée avant de la dissoudre, le 30 mars 2022. Alors que ces dix dernières années sont jugées avec sévérité par les soutiens du chef de l’État, Ahmed Nejib Chebbi refuse que le pays, qui a entamé une transition difficile après la révolution de 2011, jette le bébé avec l’eau du bain. Rencontre.

Jeune Afrique : Le 26 avril, vous avez fondé le Front de salut national. De quoi s’agit-il ?

Ahmed Nejib Chebbi : Ce front a pour vocation de répondre à la double crise, politique et socio-économique, qui sévit en Tunisie. Celle-ci a été déclenchée par une offensive organisée par le président, Kaïs Saïed, le 25 juillet 2021, à la suite d’une autre crise, qui, elle, avait conduit à la paralysie de l’État.

Le président n’a rien à offrir aux Tunisiens en dehors de discours qui les divisent et les opposent

Des luttes partisanes provoquaient une instabilité gouvernementale, tandis que la Tunisie s’enfonçait dans une crise économique sévère. Kaïs Saïed s’est alors accaparé la totalité des pouvoirs : après avoir démantelé plusieurs instances constitutionnelles, il s’est attaqué, en avril dernier, à l’indépendance de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie).