Politique

Élections angolaises : Adalberto da Costa Júnior peut-il battre João Lourenço ?

À quelques mois des élections générales, prévues en août prochain, le leader de l’Unita, candidat de l’opposition historique, veut croire en ses chances de l’emporter face à son rival du MPLA, le chef de l’État sortant.

Mis à jour le 28 avril 2022 à 12:51
Daniel Ribant

Par Daniel Ribant

Auteur de « L’Angola de A à Z » et « Força Angola », parus chez L’Harmattan.

Adalberto da Costa Júnior, le président de l’Unita, à Luanda, en novembre 2019. © JOAO DA FATIMA/AFP

L’Angola célébrait le 4 avril dernier le vingtième anniversaire de la fin de la guerre civile. Vingt-sept années d’un conflit tragique qui marquera pour longtemps encore l’histoire de ce pays, non seulement par le nombre de victimes et de déplacés, mais aussi et surtout par la déstructuration de la société. Le MPLA [Mouvement populaire de libération de l’Angola], au pouvoir depuis l’indépendance, sortit de la guerre en vainqueur incontesté et renforça sa mainmise sur l’État, avec qui il se confond aujourd’hui encore. L’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), l’autre belligérant, fut réduite au silence et à une opposition assez formelle.

Force tranquille

Mais les choses pourraient changer. L’Unita s’est dotée d’un nouveau président, Adalberto da Costa Júnior (communément appelé ACJ) – un leader métis à la tête du parti créé par Savimbi ! Tout un symbole. Il semble en phase avec une partie de la population, surtout la jeunesse urbaine qui n’a pas connu la guerre civile et qui exprime ouvertement son mécontentement face à l’extrême pauvreté, le chômage et l’absence de perspectives.

Le danger pour le pouvoir en place provient également de la décision historique de l’Unita de s’associer à un autre parti

Le pouvoir a compris très tôt le danger représenté par ACJ. Élu en novembre 2019, il a vu sa nomination invalidée par la Cour constitutionnelle en octobre 2021, car il se serait présenté sans avoir renoncé à sa nationalité portugaise. Un second congrès fut organisé, qui confirma finalement le résultat en mars dernier.

Le danger pour le pouvoir en place provient également de la décision historique de l’Unita de s’associer à un autre parti – le Bloc démocratique – et à une plateforme politique, PRA-JA Servir Angola, pour former le Front patriotique uni [FPU]. Cette démarche est importante dans la mesure où, en élargissant sa base, l’Unita affiche clairement ses prétentions. Convaincu de son succès électoral, ACJ appelle ses troupes au calme et tente d’éviter les « peaux de banane » glissées sur son parcours (invalidation des élections internes, nomination d’un homme suspecté d’être un « militant du MPLA » à la tête de la Commission nationale électorale, accusations selon lesquelles il attiserait les manifestations de rue…).

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La force tranquille de son président opère à l’intérieur du parti, mais également à l’extérieur. Adalberto Costa Júnior adopte aisément la posture « présidentiable » dans ses tournées à l’étranger, aux États-Unis et en Israël notamment, où il plaide pour des élections transparentes.

Machine à gagner

On peut dès lors sérieusement se poser la question de l’éventualité d’une victoire de l’opposition au scrutin d’août prochain. Plusieurs éléments donnent à penser qu’elle est peu probable. Il y a d’abord la force intrinsèque du MPLA, véritable machine à gagner les élections. Et c’est en période de doute que le parti est le plus discipliné. Il se présente uni face à la menace, le président ayant, semble-t-il, trouvé les arguments pour convaincre les récalcitrants.

Malgré les deux années de Covid-19, le quinquennat de João Lourenço a marqué une rupture avec la gouvernance Dos Santos

Il y a ensuite le bilan de João Lourenço. Malgré les deux années de Covid-19, son quinquennat a marqué une rupture, certes incomplète et partielle, avec la gouvernance Dos Santos. Non seulement en matière de lutte contre la corruption, mais également dans l’ouverture économique pratiquée. Tous les investisseurs sont dorénavant les bienvenus en Angola où, de l’avis quasi général, il est plus aisé de faire des affaires. Les organisations internationales (Banque mondiale, FMI, SFI) sont revenues à Luanda et toutes jugent satisfaisant le bilan du chef de l’État. La bonne gestion du tandem José de Lima Massano-Vera Daves, respectivement gouverneur de la Banque centrale et ministre des Finances n’est sans doute pas étrangère à ce satisfecit.

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Il ne fait guère de doute que, fort de ce constat positif, João Lourenço sera le favori de la communauté internationale, Occidentaux en tête, qui ne souhaitent pas une déstabilisation d’un pays clé en Afrique australe au moment où l’Angola est devenu un État « fréquentable ». Naturellement, ce sera aux Angolais de se prononcer, eux qui espéraient une amélioration rapide et significative de leur sort. Cette donnée sociale reste sans conteste le point faible du bilan Lourenço. Mais pouvait-il en être autrement en si peu de temps ? L’actuel président trouvera sans doute les mots pour les convaincre de lui accorder plus de temps.

La dernière raison pour laquelle nous ne croyons pas en la victoire de l’opposition angolaise est liée à l’histoire du pays. L’Unita n’a jamais exercé le pouvoir, à quelque niveau que ce soit. L’État et ses rouages sont investis massivement par le MPLA. Sans méjuger des capacités des leaders de l’opposition, leur inexpérience peut s’avérer une faiblesse. Lacune qui ne peut être comblée que par une ouverture politique permettant à l’opposition de diriger certaines municipalités, voire d’être associée au pouvoir. On pourra alors parler de « réconciliation », dont le 4 avril se veut le symbole au même titre que la paix retrouvée.