Politique

Côte d’Ivoire : les coulisses de la saisie record de deux tonnes de cocaïne 

Le 15 avril à Abidjan, puis le 21 à San Pedro, les services de sécurité ivoiriens ont mis la main sur une importante cargaison de drogue. Une opération suivie de près par Alassane Ouattara.

Réservé aux abonnés
Par
Mis à jour le 26 avril 2022 à 17:42

Diomandé Vagondo, à Abidjan, le 3 mars 2020. © Issam Zejly pour JA

Selon les premiers éléments de l’enquête, ce stock de plus de deux tonnes de cocaïne en provenance d’Amérique Latine et estimé à 41,1 milliards de F CFA (62,6 millions d’euros) n’était pas destiné à la consommation locale. Il devait être distribué en petites quantités avant d’être exporté vers l’Europe. L’opération de police a été préparée en collaboration avec plusieurs services étrangers.

Mi-avril, le ministre ivoirien de la Justice, Sansan Kambilé, a, sur la base d’une information reçue par ses services, instruit Richard Adou, le procureur de la République près le tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau d’ouvrir une enquête. Celle-ci a été confiée à Mabonga Touré, la directrice de la police des stupéfiants et des drogues. Le général Youssouf Kouyaté, le directeur général de la police nationale, en a ensuite informé Alassane Ouattara.

À Lire Trafic de cocaïne : au cœur des tractations entre la France, le Maroc et Bénin

Tensions entre ministres

Le 23 avril, soit deux jours après la seconde saisie à San Pedro, le président a délégué à Tiémoko Meyliet Koné, le nouveau vice-président, la gestion de ce dossier délicat pour l’image du pays, qui devient une plaque tournante du trafic mondial de cocaïne. Ce dernier a organisé dans la foulée une réunion au sommet. Autour de la table se trouvaient, entre autres, le Premier ministre, Patrick Achi, le secrétaire général de la présidence, Abdourahmane Cissé, ainsi que les ministres Birahima Téné Ouattara (Défense) et Vagondo Diomandé (Intérieur et sécurité).

Si plusieurs suspects ont été arrêtés, dont un Colombien et sa mère à Assinie, au moment où ils cherchaient à rejoindre le Ghana voisin, mais aussi des citoyens brésiliens, portugais, nigérians et ivoiriens, aucun gros bonnet n’a été interpellé pour le moment. Les investigations se poursuivent donc et une série de mesures ont été prises, parmi lesquelles le renforcement des contrôles et des patrouilles sur les lagunes et dans les eaux territoriales.

À Lire Cocaïne, héroïne, tramadol… L’Afrique plus que jamais à l’épreuve du trafic de drogues

Cette affaire a créé des tensions entre Sansan Kambilé et Vagondo Diomandé. Alors que le ministre de l’Intérieur a publié un communiqué officiel, les enquêteurs et le ministre de la Justice espéraient de leur côté remonter discrètement la filière pour la démanteler avant d’ébruiter l’affaire. C’est la stratégie qu’ils avaient adopté en juin 2019 lors de l’opération « Spaghetti connection », qui avait abouti, avec l’appui des polices française et italienne, à l’incarcération d’une grande partie des membres d’un réseau international de trafic de stupéfiants, dont six Italiens appartenant à la mafia napolitaine, la Camorra. En mars 2021, une saisie de 1,56 tonne estimée à plus de 25 milliards F CFA avait également été effectuée dans les eaux ivoiriennes.