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Guinée : pour les ministres d’Alpha Condé, la prison reste l’horizon

Mardi 26 avril, la justice a décidé de maintenir en détention l’ex-chef du gouvernement guinéen, Kassory Fofana, et ses ministres Mohamed Diané et Oyé Guilavogui. Un sort partagé par de nombreux caciques de l’ancien régime, visés par des enquêtes de la junte.

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Mis à jour le 27 avril 2022 à 12:22

L’ancien Premier ministre guinéen Ibrahima Kassory Fofana à Conakry, en 2015. Guinee. Conakry. 04/2015. Petit Palais. Kassory Fofana,ministre . © Youri Lenquette pour JA

Cela fait vingt jours que l’ancien Premier ministre guinéen Ibrahima Kassory Fofana et ses anciens ministres de la Défense et de l’Environnement, Mohamed Diané et Oyé Guilavogui, séjournent à la Maison centrale de Conakry. Une détention qui va se prolonger : le juge de référé a rejeté leur demande de remise en liberté, confirmant ainsi le mandat de dépôt émis le 6 avril par le procureur spécial Aly Touré contre les trois anciens dignitaires. Le quatrième prévenu, l’ancien ministre des Hydrocarbures Diakaria Koulibaly, a quant à lui obtenu gain de cause : il a recouvré sa liberté le 20 avril.

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La volonté de Doumbouya ?

Au sortir de l’audience, ce mardi 26 avril, Me Sidiki Bérété, un de leurs avocats, a laissé éclater sa colère. « C’est la preuve que la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief) n’est qu’un instrument pour effectuer les sales besognes du pouvoir. Les prévenus ne sont détenus que par la volonté du prince. On veut les faire taire politiquement ! », dénonce-t-il, annonçant faire appel de la décision du juge de référé. Créée en décembre dernier par la junte de Mamadi Doumbouya, la Crief a pour mission d’enquêter sur la gestion des précédents régimes. En l’occurrence, cette Cour dit soupçonner « de détournement de deniers publics, enrichissement illicite, blanchiment d’argent, corruption et complicité » les ministres d’Alpha Condé.

Les hommes du parquet spécial de la Crief ont l’ambition d’entendre l’ensemble des anciens responsables du pays

Kassory, Diané, Guilavogui et Koulibaly ne sont ainsi pas les seuls anciens ministres poursuivis dans cette affaire. Damantang Albert Camara (Sécurité) et Ibrahima Kourouma (Habitat) ont à leur tour été inculpés et envoyés à la Maison centrale de Conakry. Quant à l’ancien ministre de l’Économie et des Finances Mamadi Camara, il a été placé sous contrôle judiciaire, visiblement en raison de son état de santé.

Et il y a d’autres affaires… En février dernier, l’ancien directeur général de la Société des eaux de Guinée (SEG), Mamadou Diouldé Diallo, et l’ex-patron du Fonds d’entretien routier (FER), Souleymane Traoré, ont été placés en détention pour des soupçons de détournement de fonds publics. Ismaël Dioubaté, l’ancien ministre du Budget, et Eveline Folla Mansaré, ex-directrice des Affaires administratives et financières du ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, ont également séjourné en prison, considérés complices dans une affaire de détournement impliquant l’ancienne patronne de ce dernier ministère, Zenab Nabaya Dramé, en exil depuis le putsch. Tous deux ont néanmoins pu bénéficier d’une liberté provisoire – en échange, pour Ismaël Dioubaté, de la mise en gage d’un immeuble valant 5 milliards de francs guinéens (plus de 520 000 euros).

Secret de polichinelle

Parallèlement, d’autres anciens membres du gouvernement défilent à la Direction centrale des investigations judiciaires de la gendarmerie nationale. C’est le cas de Ibrahima Khalil Kaba (ministre des Affaires étrangères), Bantama Sow (Sports), Tibou Kamara (Industrie) ou encore Rémy Lamah (Santé). L’ancien président de l’Assemblée nationale, Amadou Damaro Camara, et les ex-députés Michel Kamano et Lounceny Camara ont par ailleurs été entendus par les hommes du parquet spécial de la Crief, qui ont l’ambition d’entendre l’ensemble des anciens responsables du pays.

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Le grand ménage ne concerne néanmoins pas tout le monde. Ainsi, Kadiatou Émilie Diaby, l’ancienne ministre des Travaux publics, a été nommée le 19 avril coordinatrice du Bureau de suivi des priorités présidentielles, un organe rattaché à la présidence qui veille à l’exécution des priorités du chef de l’État. L’officialisation d’un secret de polichinelle. À sa prise de pouvoir, la junte s’était pourtant engagée à ne travailler avec aucun ancien dignitaire du pays…