Politique

Émirats arabes unis : collège royal, job étudiant, Marche verte… L’adolescence marocaine de MBZ

L’homme fort des Émirats arabes unis et prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed Ben Zayed Al Nahyane, a passé une partie de son adolescence au Maroc. Condisciple du futur roi Mohammed VI, il a aussi été… serveur dans un restaurant de Rabat. 

Mis à jour le 26 avril 2022 à 18:09

Le roi Mohammed VI donnant un iftar en l’honneur de Mohammed Ben Zayed Al Nahyane, à Rabat, le 9 avril. © map

La rupture du jeûne qui a réuni, le 9 avril, le roi du Maroc Mohammed VI et Mohammed Ben Zayed Al Nahyane, prince héritier d’Abou Dhabi, n’est pas la première du genre entre les deux hommes. Il y a 47 ans, en 1975, quand on donnait encore du « Sidi Mohammed » au monarque chérifien, ce dernier a vu arriver, sur les bancs du Collège royal de Rabat, un jeune prince du Golfe âgé de 14 ans : le fils de Zayed Ben Sultan Al Nahyane, fondateur de la jeune nation émiratie.

Envoyé par son père dans cette institution d’élite, le jeune Mohammed sait qu’il sera amené un jour à présider aux affaires de son État, dont l’indépendance a été officiellement proclamée le 2 décembre 1971. Parmi les meilleurs élèves du royaume chérifien, les deux adolescents se lient d’amitié. Parallèlement aux cours, qui durent de 7h00 à 20h00, des séances de jet-ski, de chasse, d’équitation et, l’hiver venu, de ski alpin à Ifrane renforcent encore la relation.

Mais pas question pour l’émir de laisser son dauphin jouir sans entraves des plaisirs offerts par le Maroc. Doté d’un passeport avec un nom de famille qui n’est pas le sien, pour qu’il soit traité comme les autres, MBZ se trouve un petit boulot dans un restaurant de la capitale. Celui qui est devenu aujourd’hui « l’un des hommes les plus puissants du monde », selon le magazine Times, a donc servi plats et cafés à des clients dans l’anonymat le plus complet.

Chasse au faucon

Habitant seul, faisant sa lessive lui-même, cette période de sa vie semble avoir marqué le prince héritier. « Il y avait un bol de taboulé dans le réfrigérateur, et il continuait à en manger jour après jour jusqu’à ce qu’une sorte de champignon se forme sur le dessus », raconte ainsi Richard Clarke, ex-numéro un du contre-terrorisme sous les administrations Bush et Clinton, et proche de MBZ.

Au-delà de ces anecdotes, un fait historique rattache MBZ au Maroc. Le 6 novembre 1975, à 14 ans, il participe à la Marche verte, quand 350 000 Marocains répondent à l’appel du roi Hassan II pour affirmer l’appartenance du Sahara occidental au royaume.

Ce lien personnel avec le Maroc n’implique pas nécessairement un alignement des positions des deux hommes, qui ont depuis pris les rênes de leur État. « La relation entre MBZ et le Maroc n’est pas uniquement liée à ses souvenirs d’adolescent, MBZ n’est pas un sentimental », explique Sébastien Boussois, enseignant à l’université libre de Bruxelles et auteur de Émirats arabes unis – À la conquête du monde (Max Milo, 2021). De son côté, le souverain chérifien a déjà montré à plusieurs reprises qu’il ne se sentait obligé par aucune relation personnelle dans ses choix stratégiques.

Le départ du PJD en septembre 2021 après dix ans au pouvoir a redonné un élan positif aux relations entre le Maroc et les Émirats »

Car si les relations entre Rabat et Abou Dhabi se sont réchauffées depuis quelques années, plusieurs dossiers ont brouillé la ligne entre le royaume et l’émirat, du blocus contre le Qatar (entre 2017 et 2021) auquel Mohammed VI a refusé de prêter son concours, à la coalition anti-Houthis au Yémen dont le Maroc s’est rapidement retiré. Malgré tout, MBZ a continué à se rendre au Maroc pour assouvir sa passion de la chasse au faucon, notamment en décembre 2017.

Le réchauffement des relations entre les deux hommes a été marqué par deux semaines de repos pris par le prince héritier d’Abou Dhabi, du 20 janvier au 3 février 2020, à Rabat.

« Il semble que la mise en place des accords d’Abraham [l’établissement de relations diplomatiques entre plusieurs États arabes et Israël, ndlr] et surtout le départ du PJD [les Émirats s’opposent à tous les mouvements liés aux Frères musulmans, ndlr], en septembre 2021 après dix ans d’exercice du pouvoir, ont redonné un élan positif aux relations entre le Maroc et les Émirats », estime Sébastien Boussois.

Connexion Rabat-Washington-Abou Dhabi

Sans oublier les bons offices de l’Oncle Sam. « La relance des relations bilatérales entre le Maroc et les Émirats a été vraisemblablement l’œuvre de l’administration Trump », ajoute le chercheur. Comme un symbole, MBZ a d’ailleurs fait le choix de sa résidence de Rabat pour rencontrer le secrétaire d’État américain Antony Blinken, le 30 mars dernier.

Parallèlement à la politique, il y a aussi le business. Deuxième partenaire commercial du royaume dans la région du Golfe, derrière l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis investissent à tour de bras au Maroc. À ce titre, le nom de Mohammed Ben Zayed Al Nahyane a refait surface dans l’actualité marocaine ces dernières semaines. Arzana Investment, la holding qu’il détient, a ainsi officialisé, le 13 avril, la construction, à Rabat, du premier Canopy by Hilton d’Afrique. Un projet qui devrait voir le jour l’été prochain.