Politique

Vénézuela : Nicolás Maduro reprend la main

Mis à jour le 10 mars 2014 à 15:20

Après un mois de manifestations contre l’insécurité et les pénuries, Nicolás Maduro est en train de reprendre la main.

Les manifestations dont les principales villes du pays sont le théâtre depuis un mois ont déjà fait 14 morts. Jamais depuis son élection, en avril 2013, le président Nicolás Maduro n’avait été confronté à une contestation d’une telle ampleur.

Tout commence le 4 février avec une tentative de viol sur le campus de l’université de San Cristóbal (Ouest). Pour protester contre l’insécurité grandissante, mais aussi la détérioration de la situation économique et la multiplication des pénuries, les étudiants descendent dans la rue. "L’inflation [56 %] est plus forte que partout ailleurs en Amérique du Sud, et les secteurs phares de l’économie sont les plus touchés, commente Carlos Malamud, du Real Instituto Elcano, à Madrid. Maduro est loin d’avoir le savoir-faire politique de Hugo Chávez, et il a hérité d’une situation économique désastreuse."

Les manifestations s’étendant à d’autres villes, le mouvement est vite récupéré par l’opposition. Leader de Voluntad Popular, Leopoldo López attendait ce moment depuis des mois : il rêve de contraindre Maduro à la démission. Las, visé par un mandat d’arrêt pour incitation à la violence et association de malfaiteurs, il n’a d’autre choix que de se rendre à la police, le 18 février. Une arrestation très médiatisée qu’apprécie peu Henrique Capriles, gouverneur de l’État de Miranda et candidat malheureux à la présidentielle de 2013. D’accord avec López sur la critique du gouvernement, il l’est beaucoup moins sur ses méthodes. Le 22 février, il appelle donc à manifester dans le calme, cherchant ainsi à reprendre la main sur une opposition de plus en plus débordée par les extrémistes. Mais cette tactique n’est-elle pas vouée à l’échec ?

Maduro joue la carte de l’apaisement

Peu à peu, le mouvement étudiant s’essouffle. Le 25 février, à Caracas, seules quelques dizaines de jeunes marchent jusqu’à l’ambassade de Cuba pour protester contre les ingérences présumées de ce pays. Maduro joue la carte de l’apaisement et invite des représentants de toutes les forces politiques, syndicales et religieuses – sauf les leaders de la contestation ! – à une conférence "pour la paix", le 26 février. Vingt-trois gouverneurs de région y participent, mais pas Capriles, qui refuse de "discuter de sujets administratifs", alors que "des gens souffrent".

L’opposition est-elle capable de renverser le régime chaviste ? Improbable tant qu’elle n’aura pas l’armée de son côté. Pour Maduro, la seule vraie menace vient de son propre camp. Avant la conférence pour la paix, José Gregorio Vielma Mora, gouverneur de l’État de Táchira (Ouest) et chaviste pur sucre, ne s’est pas privé pour critiquer l’arrestation de Leopoldo López, qualifiée par lui de "grave erreur".