Arts

Côte d’Ivoire : le Marché des arts du spectacle africain fête son grand retour à Abidjan

Yacouba Konaté dans les bureaux du Masa (le 26 février). © Émilie RÉGNIER pour J.A.

Après sept années d'absence, le Marché des arts du spectacle africain fête son grand retour à Abidjan du 1er au 8 mars. À sa tête, le philosophe et critique d'art Yacouba Konaté.

Modeste, Yacouba Konaté a l’efficacité peu orgueilleuse. Nommé à la tête du Marché des arts du spectacle africain (Masa) en juillet 2013, le philosophe et critique d’art ivoirien aura eu huit mois pour relancer une manifestation qui ne s’était pas tenue depuis sept ans. Avec un budget dépassant 1,3 milliard de F CFA (près de 2 millions d’euros), financé par les autorités ivoiriennes (700 millions de F CFA), des investisseurs privés de Côte d’Ivoire (450 millions) et l’Organisation internationale de la francophonie (200 millions), ce jeune sexagénaire a fait le pari d’une 8e édition festive et populaire. "Je connaissais bien les dysfonctionnements du Masa pour avoir été consultant pour l’Union européenne en 1997. Les spectacles ne commençaient pas à l’heure. La visibilité à l’international était mauvaise et la réception auprès des Ivoiriens plutôt faible. Il fallait donc faire du Masa un événement à la fois populaire pour que les Ivoiriens s’en emparent et exigeant pour que les compagnies sélectionnées intéressent les programmateurs africains et occidentaux."

Car c’est là la particularité du Masa. Cette biennale créée en 1993 par l’OIF et le ministère ivoirien de la Culture est un rendez-vous commercial. L’enjeu – vital – pour les troupes de théâtre, de danse et de musique sélectionnées : décrocher un contrat avec une structure culturelle implantée sur le continent ou en Europe, voire en Amérique. Près de 300 programmateurs internationaux sont donc attendus du 1er au 8 mars et pourront faire leur marché à Abidjan, bien sûr, mais aussi à Bassam et à Bouaké, parmi les 63 troupes de la sélection officielle (le in) et la centaine de compagnies programmées dans le off. Les artistes viennent du monde entier (Allemagne, Afrique du Sud, Brésil, Algérie, Congo, Sénégal…) et, espère l’ancien commissaire général de la biennale de Dakar, "stimuleront la création en Côte d’Ivoire", notamment dans le domaine du théâtre, dévasté après une décennie de crise et de guerre.

"Nous manquons d’infrastructures à la hauteur d’une véritable politique culturelle. Notre pays ne sera développé que si un touriste ou un homme d’affaires qui vient en séjour chez nous se sent obligé de rester un jour de plus pour visiter un musée ou assister à un spectacle. Il y a des galeries, comme celle de Cécile Fakhoury ou la Rotonde des arts, que je dirige, qui proposent des expositions intéressantes certes mais qui se voient en un quart d’heure. Ce qu’il faut, c’est une structure plus importante, un grand musée des arts traditionnels, contemporains et de la musique, par exemple", défend le commissaire du premier pavillon de la Côte d’Ivoire présenté à la prestigieuse biennale de Venise en 2013 et qui a dirigé entre 2008 et 2011 l’Association internationale des critiques d’art (AICA).

Sortir

Et pour que la fête soit un succès populaire, six scènes gratuites ont été prévues dans la capitale économique. Alpha Blondy, Meiway, Koffi Olomidé, DJ Arafat "enjailleront" les 20 000 spectateurs attendus pour la cérémonie de clôture au parc des sports de Treichville. Mais de là à dire que le Masa apportera sa pierre à la réconciliation ivoirienne, il y a un pas que le philosophe, spécialiste de l’École de Francfort, prend garde à ne pas franchir : "L’art tout seul ne peut pas faire fonction de réconciliation. Mais le temps d’une pièce, d’un concert, les Ivoiriens, pour une fois, regarderont dans la même direction. Il y a eu tellement de violence dans les quartiers que si dans les mêmes rues nous pouvons produire des expériences positives, alors nous aurons donné la possibilité aux Ivoiriens de sortir de ce cycle infernal pour aller vers le Beau."

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