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Trafic de bois : sur la piste d’un crime environnemental

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RDC : Félix Tshisekedi et l’impossible ménage dans les forêts congolaises

« Trafic de bois : les coulisses du pillage » (5/5). Le chef de l’État congolais a promis de mettre de l’ordre dans le secteur forestier. Mais face à l’anarchie qui y règne, a-t-il les moyens de rassurer bailleurs et potentiels investisseurs ?

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Mis à jour le 2 mai 2022 à 08:58

© MONTAGE JA : GUYOT-ANA / ONLY WORLD via AFP

La date était cochée dans les agendas diplomatiques congolais depuis plusieurs mois. Ministres, conseillers, diplomates… La délégation qui arpente les allées du Scottish Event Campus de Glasgow aux côtés de Félix Tshisekedi ce 2 novembre 2021 est pléthorique. La COP 26 doit être le point d’orgue du mandat du président congolais à la tête de l’Union africaine (UA). La concrétisation, dit-on à Kinshasa, du « retour de la RDC » sur la scène mondiale. Les éléments de langage sont travaillés depuis des semaines. « Mon pays, avec ses massifs forestiers, ses tourbières, ses ressources en eau et en minerais stratégiques se présente comme un pays solution à la crise climatique », clame fièrement Félix Tshisekedi à la tribune.

Biden, ABO et Johnson

Le discours a de quoi séduire, puisque la RDC abrite la majorité de la forêt du bassin du Congo, deuxième poumon de la planète. Mais la gestion du secteur forestier congolais est minée depuis plusieurs années par des accusations de corruption et de mauvaise gouvernance. Pour ce grand raout diplomatique, le chef de l’État se sait donc attendu au tournant. « Nous nous attelons à mener des actions qui permettent non seulement la préservation de nos forêts mais aussi leur gestion efficiente », promet-il sous les regards attentifs de ses homologues américains et gabonais, Joe Biden et Ali Bongo Ondimba.

Deux semaines avant la COP 26, Tshisekedi avait demandé la suspension de tous les contrats douteux

Alors qu’il s’était jusque-là montré discret sur le sujet de la gouvernance forestière, le président congolais avait pris soin de préparer le terrain en amont. Deux semaines avant la COP 26, Félix Tshisekedi avait demandé à sa ministre de l’Environnement, Eve Bazaiba Masudi, de « faire un état des lieux technique et financier de toutes les concessions forestières de la RDC et de suspendre tous les contrats douteux en attendant le résultat d’un audit ».

La mission était loin d’être anodine, compte tenu des sommes en jeu. À Glasgow, Félix Tshisekedi a signé avec le Premier ministre britannique, Boris Johnson, une lettre d’intention assortie d’un accord de financement de 500 millions de dollars sur cinq ans avec l’Initiative pour la forêt de l’Afrique Centrale (Cafi), censée permettre d’améliorer la protection de la forêt congolaise.

« Pas d’avancées »

Mais voilà, six mois après la signature de ce « deal historique », très peu d’avancées ont été constatées dans les engagements pris par les différentes parties et, notamment, dans la mise en place de plusieurs jalons politiques avant mi-2022. Parmi ces préalables figurait la publication d’un rapport de l’Inspection générale des Finances (IGF). Réalisé en 2020 sous le gouvernement de Sylvestre Ilunga Ilunkamba, il dresse un état des lieux de la gestion du secteur forestier congolais depuis 2014. Ce document devait être mis à disposition du public avant la fin d’année 2021. Mais cette première date limite n’a pas été respectée.