Politique

Réélection d’Emmanuel Macron : comment les chefs d’État africains ont-ils réagi ?

Tour d’horizon des principales réactions à la reconduction au pouvoir de celui qui, en 2017, nourrissait beaucoup d’ambitions pour le continent.

Mis à jour le 25 avril 2022 à 18:00

Le président ivoirien Alassane Ouattara et Emmanuel Macron au Forum de Paris sur la paix. world leaders at Inaugural dinner for the Paris Peace Forum. Alassane Ouattara, president de Cote d’Ivoire, Emmanuel Macron, president de la Republique francaise/ © Eric TSCHAEN-POOL/SIPA

Dimanche 24 avril, Emmanuel Macron a été réélu avec 58,6% des voix pour un nouveau mandat de cinq ans à la tête de la France face à Marine Le Pen, la candidate de l’extrême droite, qui réalise tout de même un score historique :  41,4%.

Communiqués officiels, tweets… Les réactions se multiplient sur le continent et permettent d’illustrer assez fidèlement l’état des relations diplomatiques entre Paris et les capitales africaines.

Abidjan, Kigali, Niamey, Dakar ne cachent pas leur joie

Sans surprise, les pays avec lesquels Emmanuel Macron entretient de bonnes relations n’ont pas tardé à réagir. À Dakar, le président Macky Sall, également à la tête de l’Union africaine, a « félicité chaleureusement le président Emmanuel Macron pour sa victoire », en lui adressant ses « meilleurs vœux de succès dans l’exercice de son second mandat ». Même ton à Libreville, où le président Ali Bongo Odimba a salué la « brillante réélection » de son homologue et exprimé sa volonté de « construire l’avenir » ensemble.

Le Nigérien Mohamed Bazoum salue quant à lui le nouveau mandat « d’un partenaire précieux dans le combat contre le terrorisme » et « son expérience des sujets internationaux en général et du Sahel en particulier ». L’enjeu est de taille pour Niamey, dont Emmanuel Macron a décidé de faire sa nouvelle place forte dans la région après le départ des troupes françaises du Mali.

Mêmes éloges en Côte d’Ivoire, où le président Alassane Ouattara a adressé ses « chaleureuses félicitations au président pour sa réélection », affirmant se « réjouir de poursuivre avec lui le renforcement des liens d’amitié et de coopération » entre leurs deux pays.

Réaction enthousiaste également à Djibouti. Dans un communiqué officiel publié immédiatement après la victoire d’Emmanuel Macron, s’adressant à « Monsieur le président et Cher ami », Ismaïl Omar Guelleh exprime ses « félicitations chaleureuses » à l’occasion de sa « brillante réélection », ainsi que ses « sincères remerciements » en raison de ses « engagements maintes fois démontrés au service de l’Afrique ».

Aucune voix pour Le Pen au Rwanda

Au Rwanda, Paul Kagamé a sans doute suivi les déclarations des candidats français sur les questions mémorielles. Si depuis son arrivée au pouvoir en 2017, Emmanuel Macron a multiplié les efforts pour tenter d’apaiser la relation entre les deux pays, son adversaire, Marine Le Pen, a pour sa part affirmé à plusieurs reprises vouloir mener une politique de « non repentance ».  C’est donc sans véritable surprise que le président Kagamé a félicité son homologue pour sa réélection, qu’il juge « bien méritée » et qu’il décrit comme le « fruit » d’une « vision et d’un leadership cherchant à unifier et non à diviser ». À noter : Marine Le Pen n’a recueilli aucune voix au Rwanda.

Au Togo, les « chaleureuses félicitations » de Faure Essozimna Gnassimbé ont été nuancées par la déclaration de son ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, qui a déclaré « attendre beaucoup plus de consultations, de discussions avec les dirigeants africains ».

Silence radio au Mali, en Guinée et au Burkina Faso

Il est néanmoins des capitales qui n’ont dit mot. Silence radio à Bamako, Conakry et Ouagadougou, où des colonels sont au pouvoir. Depuis les putschs intervenus ces deux dernières années dans ces trois pays, les relations avec la France se sont notablement dégradées. Bamako est même devenue ouvertement anti-française.

Ces derniers mois, le ton n’a cessé de monter, suscitant le désengagement militaire de la France,  l’expulsion de l’ambassadeur français au Mali et la conclusion d’un contrat entre la société de mercenaires russe Wagner et le Mali. Un rapprochement qui a provoqué la colère du gouvernement d’Emmanuel Macron, mais qui n’a sans doute pas déplu à la russophile Marine Le Pen. Décidément, le temps où Emmanuel Macron avait choisi Ouagadougou pour prononcer son premier discours de politique africaine semble lointain. 

Scénario comparable au Maghreb

Au Maghreb, les relations ambivalentes qu’entretiennent le président français et les autorités algériennes expliquent sans doute l’absence de réaction officielle à ce stade.

Pour rappel, lors d’une conférence de presse organisée dans l’entre-deux tour de l’élection présidentielle sur le thème de la politique internationale, Marine Le Pen avait eu l’occasion d’exposer sa vision des relations avec l’Afrique. Elle s’était notamment attardée sur l’Algérie, avec laquelle elle avait affirmé vouloir mener un dialogue « clair et décomplexé » et une politique « exactement inverse » de celle de son concurrent. C’est d’ailleurs en Algérie que la candidate avait enregistré son plus mauvais score à l’étranger en 2017, avec 3,36% des votes.

À Rabat, où le premier mandat du président français a été ponctué de hauts et de bas, Mohammed VI s’est contenté d’un message laconique, exprimant « ses félicitation à M. Macron » et » formulant ses vœux de succès dans la poursuite de [sa] mission ». À Tunis, aucune réaction à ce stade.

Cela contraste avec la Mauritanie, où le président Mohamed Ould Ghazouani a publié un vibrant message. Ce dernier a exprimé ses « chaleureuses félicitations » suite à une « brillante victoire à l’élection présidentielle française », ainsi que sa volonté de continuer à « conjuguer les efforts pour la réalisation des grands idéaux de justice et d’égalité qui fondent la culture entre les deux peuples ».