Politique

Présidentielle algérienne : Ali Benflis, candidat pour de vrai

Ali Benflis lors de l'annonce de sa candidature.

Ali Benflis lors de l'annonce de sa candidature. © FAYCAL NECHOUD / citizenside.com/AFP

Il le clame haut et fort : pas question de servir de « lièvre » au président sortant ! L’ancien chef du gouvernement algérien Ali Benflis croit en ses chances et veillera à ce qu’aucune fraude ne le prive d’une éventuelle victoire.

À ceux qui lui conseillent de se retirer pour "délégitimer" le scrutin présidentiel, à ceux qui lui reprochent de servir une fois de plus de "lièvre" à Abdelaziz Bouteflika, ou encore à ceux qui considèrent que "les jeux sont faits", Ali Benflis répond qu’il ira jusqu’au bout. Joignant le geste à la parole, il a déposé, le 4 mars, son dossier de candidature auprès du Conseil constitutionnel. Propos menaçants, voix chevrotante, l’ancien chef du gouvernement (2000-2003) a pris les journalistes à témoin : "Je ne me tairai pas", a-t-il dit devant un président du Conseil constitutionnel quelque peu décontenancé par le ton grave du candidat : "Ceux qui veulent voler les voix du peuple, je les mets en garde !"

Pas question, donc, de jouer le rôle de faire-valoir électoral. Déjà rival de Bouteflika en 2004, Benflis veut encore croire en ses chances, dix ans après la déroute électorale qui l’a éloigné de la scène politique. "Il n’est ni dans le renoncement ni dans le défaitisme, explique son fidèle lieutenant Lotfi Boumeghar, chargé de sa communication. Ali Benflis n’accepte pas le fait accompli et veut convaincre qu’un autre projet est possible pour l’Algérie."

Lui qui jusque-là s’est interdit de s’en prendre à Bouteflika va-t-il changer de stratégie maintenant que le chef de l’État est officiellement candidat en dépit de son âge et de son handicap ? "Ali Benflis ne s’attaquera pas à la personne du président et ne fera pas de sa maladie un argument de campagne, assure Lotfi Boumeghar. Il mettra son programme au coeur des débats mais ne se taira pas sur les atteintes à la régularité du scrutin. Et s’il se gardera de critiquer le bilan du président sortant, il entend mettre à nu les maux dont souffrent les Algériens."

Une dizaine de partis politiques lui ont fait allégeance

Présenté comme le seul opposant au chef de l’État, celui qui fut secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) compte aussi bien sur ses réseaux tissés à travers le territoire que sur l’appui d’une dizaine de partis politiques qui lui ont fait allégeance. "Nous attendons le ralliement de personnalités et de figures nationales déçues par les trois mandats de Bouteflika, avance un proche du candidat. Le clan présidentiel n’a pas gagné la bataille, et les Algériens doivent se mobiliser pour faire entendre leur voix, comme ce fut le cas lors de l’élection de Liamine Zéroual en 1995."

Ses équipes ont déjà mis en place un dispositif pour centraliser toutes les données relatives aux opérations de vote.

De quelles parades dispose Benflis pour contrer une éventuelle fraude ? Dans les deux villas sur les hauteurs d’Alger qui lui servent de QG de campagne, ses équipes ont déjà mis en place un dispositif pour centraliser toutes les données relatives aux opérations de vote. "Les détails sont confidentiels, dit Lotfi Boumeghar. Nous n’allons pas révéler le contenu du dispositif, mais nous avons les moyens de prouver et de contrecarrer la fraude dans le cas où celle-ci aurait lieu."

Reste à envisager l’avenir au soir du 17 avril. Benflis prendra-t-il sa retraite en cas de défaite ou s’appuiera-t-il sur la campagne actuelle pour se positionner comme l’opposant naturel au "système Bouteflika" ? "Ces questions ne sont pas d’actualité, affirme un de ses conseillers. Ali Benflis est convaincu que le changement est possible si les électeurs se rendent en masse aux urnes. Il n’ignore rien des hypothèques qui pèsent sur le scrutin, il n’est pas dupe des conditions de son déroulement, mais il croit en la capacité des Algériens à décider de leur destin."

"Boutef" ne s’est pas enrichi

L’article 136 de la loi organique relative au régime électoral l’exige : tout candidat à l’élection présidentielle doit déclarer son patrimoine mobilier et immobilier à l’intérieur et à l’extérieur du pays. À ce jour, seuls trois candidats sur douze ont observé cette règle. Abdelaziz Bouteflika n’aurait rien retiré de ses trois premiers mandats. Comme en 1999, 2004 et 2009, le président aurait en tout et pour tout deux maisons, l’une à Sidi Fredj, l’autre à Alger (rue de La Rochelle), un appartement à El-Biar et deux véhicules particuliers. Sa déclaration de patrimoine ne mentionne pas l’existence de comptes bancaires. Ali Benflis possède une maison individuelle à Alger, un cabinet d’avocats, plusieurs terrains d’une superficie totale de 37 ha à Batna et trois comptes bancaires : deux en Algérie pour un montant global d’environ 64 150 euros (6,879 millions de dinars), et un en France, où sont déposés 15 188 euros. Ali Benouari, enfin, déclare trois maisons individuelles en Algérie, deux terrains constructibles (soit 34 ha), un appartement à Alger et deux voitures. Il détient 100 % des actions de la société Ecofinance SA, basée en Suisse, où il possède également un appartement et une maison.

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