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Au Cameroun, une fiction brise l’omerta sur le viol

« L’Accord », un film signé Frank Thierry Léa Malle, dénonce un système inégalitaire qui alimente l’impunité et favorise les violences contre les plus faibles.

Mis à jour le 29 avril 2022 à 09:51

Tournage du film L’Accord. © Rostand Wandja/Inception Arts & Com.

Frank Thierry Léa Malle n’en est pas à son coup d’essai. En 2016, sa société de production, Inception Arts&Com, sortait un court-métrage Point de vue consacré aux violences faites aux femmes. Avec L’Accord, une fiction Canal + qui sortira le 29 avril sur petits et grands écrans, le réalisateur camerounais de 35 ans signe son deuxième long-métrage après Innocente (prix du Jury au Festival Africlap 2020), un thriller sur les discriminations de genre.

« Ce film parlait de la loi, de la justice et de la vérité. L’Accord traite de la loi, de la justice et de l’honneur », nuance-t-il. Inégalités sociales, disparités économiques, violences sexuelles et discriminations… Autant de thèmes chers à ce fils élevé par une mère dévouée quia rempli le « rôle de la maman et du papa à la fois ».

Luttes de classes

C’est peut-être la raison pour laquelle Frank Thierry Léa Malle accorde une place importante aux personnages féminins dans sa dernière fiction, à l’exemple du personnage de Flora, interprétée par la jeune actrice Vanessa Ambassa. Bachelière issue des quartiers pauvres et sensibles de Yaoundé, elle rêve d’études supérieures. Flora rencontre Cédric (Jakin Touwole), un garçon de bonne famille promis à un brillant avenir, fils d’une femme ambitieuse et carriériste, maire par intérim alors en pleine campagne électorale.

Le couple que tout oppose tente de redéfinir les lignes de l’homogamie sociale en décidant de s’aimer. Mais le destin de la jeune fille bascule au cours d’une soirée : victime d’une agression sexuelle suite à une intoxication au GHB, Flora tente de retrouver la mémoire et le coupable, avec l’aide d’une substitute du procureur, autre personnage féminin.

Aborder le viol, sans tabou

Sous ses allures de thriller social sans grande prétention cinématographique, et derrière une narration parfois maladroite – rythmée par des aller-retours chronologiques qui brouillent la lecture – L’Accord ose aborder, sans détours ni tabou, la question du viol. Et soulève celle de l’accès à la justice des plus précaires.

Le film s’ouvre par un fait divers : le réalisateur assiste à une scène où un conducteur renverse un piéton, qui succombera à ses blessures. Pour éviter tout procès, le chauffard achètera le silence de la famille du défunt. « Je suis parti de là. Mais j’ai fait le choix de mettre le viol, un sujet plus fort, au cœur de l’histoire, pour créer un sursaut, revendique le cinéaste. Les gens ne sont pas forcément au courant de leurs droits, qu’ils peuvent porter plainte ou se porter partie civile, poursuit-il. Mon travail en tant que réalisateur est d’informer, avec le dosage de sensibilisation nécessaire ».

 © Inception Arts & Com

© Inception Arts & Com

En finir avec l’impunité

Frank Thierry Léa Malle constate une certaine prise de conscience dans la société et l’expression d’une indignation envers les violences sexuelles faites aux femmes dans la sphère publique et surtout, sur les réseaux sociaux. Pour autant, il refuse de faire de son film un plaidoyer féministe. « La jeune fille violée est l’allégorie d’une société violée, que l’on voudrait faire taire contre de l’argent. C’est de cela dont il est question avant tout, de dénoncer ces accords entre les riches et les pauvres, entre l’État et la population, nuance-t-il. Flora représente cette société pauvre dont les droits sont bafoués ». Sortir de la précarité et du déterminisme social pour mettre fin à l’impunité, voilà le message du jeune réalisateur qui rêve d’une société plus juste et égalitaire.

L’Accord de Frank Thierry Malle – diffusion sur Canal+ et sortie en salles (Canal Olympia à Yaoundé et Majestic à Abidjan, Côte d’Ivoire) le 29 avril