Économie

Dette africaine : comment sortir de l’ornière

« L’Afrique est-elle vraiment malade de sa dette ? » (1/4). Alors que le nombre de pays africains en risque de surendettement a doublé depuis la survenue du Covid-19, seuls trois d’entre eux ont opté pour une restructuration de leur passif. Parallèlement, les émissions d’eurobonds se sont poursuivies. Le signe d’une nouvelle maturité ?

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Mis à jour le 18 mai 2022 à 11:01

L’ex-Premier ministre du Bénin Lionel Zinsou, cofondateur de la banque d’affaires panafricaine SouthBridge, et Michel Sapin, ancien ministre français de l’Économie et des Finances, aujourd’hui conseiller principal du cabinet Franklin. Montage JA © Wiktor Dabkowski/Zuma/Rea – Romuald Meigneux/Sipa

Paris, le 22 mars. Le débat organisé par le cabinet d’avocats Franklin sur la renégociation de la dette souveraine des pays à faible revenu, notamment ceux d’Afrique, est animé. Entre Michel Sapin et Lionel Zinsou, la divergence de vues est patente. Le premier, ancien ministre français de l’Économie et des Finances, s’inquiète de la reprise du paiement du service de la dette dans ces pays qui n’arrivent pas à soutenir leur passif : « Nous nous trouvons à un moment crucial, il faut prendre des décisions pour éviter l’irréparable », martèle-t-il.

Moins alarmiste, le second, Premier ministre du Bénin entre 2015 et 2016, n’a de cesse de répéter que les Africains, forts de leurs expériences passées, ont progressé dans la gestion de leurs dettes publiques. « Les possibilités de mobilisation de ressources sont bien plus nombreuses aujourd’hui. Elles sont présentées comme une aggravation de la situation (…). Pourtant, le marché fait son travail et, dans cette nouvelle dynamique, les éléments de satisfaction sont nombreux ! », défend-t-il.

Depuis la fin de l’Initiative de suspension du service de la dette (ISSD) en décembre 2021, les inquiétudes sont montées d’un cran. Ce dispositif mis en place, dans l’urgence, en mai 2020, afin de faire face à la crise du Covid-19, n’a pas eu le succès escompté. Il a certes attiré de nombreux pays (une trentaine), mais les montants concernés n’ont pas été à la hauteur des volumes anticipés (5 milliards de dollars pour les créanciers bilatéraux). Il en est de même pour le “cadre commun” institué par le G20, dans la foulée de l’ISSD, qui visait à aider les pays surendettés à restructurer leur passif mais n’a été sollicité que par trois États (Tchad, Zambie, Éthiopie). Faut-il y voir le signe d’une nouvelle maturité des pays africains dans la gestion de leurs dettes souveraines ? La question de la dette se pose-t-elle encore en Afrique ?

Renforcement du poids des créanciers privés