Politique

Gabon : Pierre-Alain Mounguengui, le président de la Fegafoot, en garde à vue

Moins d’une semaine après sa réélection, le patron du football gabonais a été incarcéré ce 21 avril. Il est entendu dans le cadre d’une affaire d’abus sexuels commis sur des enfants.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 23 avril 2022 à 10:18

Pierre-Alain Mounguengui. © Fegafoot

C’est un véritable coup de tonnerre qui vient de s’abattre sur le football gabonais. Pierre-Alain Mounguengui (64 ans), réélu il y a une semaine à la tête de la Fegafoot, a passé la nuit du 21 au 22 avril en prison.

Le patron du football gabonais avait été convoqué quelques heures plus tôt dans les locaux de la Direction générale des contre-ingérences et de la sécurité militaire (DGCISM), après les révélations dans les colonnes du quotidien britannique The Guardian, le 16 décembre dernier, d’abus sexuels commis sur de jeunes footballeurs gabonais. Cette interpellation est intervenue quelques jours après celle de Serge Mombo, l’ancien président de la ligue de football de l’Estuaire, la province de Libreville, un des principaux accusés de ce scandale.

À Lire Gabon : le pays abrite-t-il le plus grand scandale de pédophilie de l’histoire du football ?

Soupçonné d’avoir fermé les yeux

Ces viols et agressions sexuelles, dont plus d’une centaine de jeunes footballeurs auraient été victimes, sont imputés à Patrick Assoumou Eyi, ancien sélectionneur de l’équipe du Gabon des moins de 17 ans, puis directeur technique de la ligue de football de l’Estuaire. Surnommé « Capello », en référence à l’entraîneur italien Fabio Capello – ancien coach du Milan AC, de la Juventus Turin, de l’AS Rome et de l’équipe nationale d’Angleterre –, Eyi a été incarcéré à la fin du mois de décembre dernier.

Selon le journaliste français Romain Molina, qui a activement participé à l’enquête du Guardian, d’autres personnalités sont impliquées dans cette affaire, dont des membres de la Fegafoot. La Fédération avait pourtant nié être au courant des pratiques d’Eyi. « Eyi n’est que l’arbre qui cache la forêt », avait confié Molina au site sportif Sport News Africa.

Une « affaire très grave »

Plus précisément, Pierre-Alain Mounguengui est soupçonné d’avoir couvert les agressions présumées d’Eyi. Dans une vidéo, entre les mains de la justice gabonaise, Brice Makaya, l’ancien sélectionneur adjoint d’Eyi, reconnaît l’existence d’abus sexuels sur des mineurs. Aux magistrats, Makaya a assuré avoir informé Mounguengui de l’existence de ces actes de pédophilie, lequel aurait gardé le silence. Il est également reproché à la Fegafoot de n’avoir pas diligenté d’enquête interne.

Pour « non-dénonciation d’un crime déjà tenté ou consommé », Pierre-Alain Mounguengui risquerait une peine d’emprisonnement de trois ans et une amende.

Ce scandale avait fait réagir jusqu’au plus haut sommet de l’État. Franck Nguéma, le ministre des Sports, avait écrit dans un communiqué que le président Ali Bongo jugeait « l’affaire très grave », en promettant que « toute la lumière serait faite sur ces abus dans le sport gabonais ».