Politique

Algérie : la task-force de Ramtane Lamamra, diplomate en chef du président Tebboune

Crise avec le Maroc et l’Espagne, Sahara occidental… Pour gérer les dossiers sensibles, le ministre des Affaires étrangères s’est entouré d’une équipe de diplomates chevronnés qui, pour la plupart, ont fait leurs armes sur le terrain.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 24 avril 2022 à 16:02

Les collaborateurs du ministre Ramtane Lamamra. © Montage JA

De retour en juillet 2021 au ministère des Affaires étrangères, qu’il connaît bien pour l’avoir dirigé entre 2013 et 2017, Ramtane Lamamra incarne la renaissance de la diplomatie algérienne sur la scène internationale, après une période de recul et de paralysie sous le régime du président Abdelaziz Bouteflika. Son come-back revêt une importance d’autant plus particulière, que son département doit gérer des dossiers sensibles : crises diplomatiques avec le Maroc et l’Espagne, tensions et instabilités au Sahel et en Libye, nouvelle lune de miel avec la France après une brouille à l’automne 2021, préparation du sommet de la Ligue arabe de novembre…

À Lire Algérie-Espagne : entre Lamamra et Albares, la bataille des ministres des Affaires étrangères

Plusieurs fois ambassadeur, grand connaisseur du continent africain où il compte de nombreuses amitiés parmi les chefs d’État, cet infatigable voyageur a la réputation de travailler seul, mais il affiche également une grande capacité d’écoute. Rigoureux sans pour autant se départir de son sens de l’humour, Ramtane Lamamra s’est entouré d’une équipe de diplomates qui ont fait leurs armes aussi bien au sein de son ministère, que dans des ambassades et des consulats en Afrique, en Europe, en Amérique ou en Asie.

« Contrairement à la période du président Bouteflika où l’appareil diplomatique a été presque mis en veille, Lamamra a remis en selle des hommes et des femmes issus des Affaires étrangères, explique une vieille connaissance du ministre. C’est d’autant plus significatif qu’il travaille en bonne entente avec le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune, comparativement à son passage au ministère de 2013 à 2017 où la connexion entre le département et la présidence de la République faisait l’objet de parasitages et de frictions. »

Fils de Kaïd Ahmed, figure de l’Algérie indépendante, Chakib Rachid Kaïd officie depuis février 2020 comme secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger. Ce spécialiste des relations avec l’Afrique et l’Amérique connaît ce département comme sa propre maison pour y avoir exercé de nombreuses responsabilités au cours des trois dernières décennies, notamment comme directeur Amérique latine et Caraïbes.

À Lire Algérie-Espagne : comment le Sahara a fait exploser leur partenariat

Diplômé de sciences politiques de l’ISPI d’Alger, spécialiste des relations avec l’Afrique et l’Amérique latine, Chakib Rachid Kaïd a été ambassadeur en Mauritanie et au Pérou. Au cours des dernières semaines, il est monté au créneau à plusieurs reprises pour expliciter la position d’Alger dans la crise qui l’oppose à Madrid, après la décision de l’Espagne de soutenir le plan d’autonomie du Maroc sur le Sahara.

Diplômé de l’ENA (spécialité diplomatie), ambassadeur à plusieurs reprises aux Philippines, en Thaïlande, en Malaisie, en Belgique, en Pologne et en Lituanie, cet ancien porte-parole du ministère des Affaires étrangères est réputé proche de Ramtane Lamamra. Nommé envoyé spécial chargé de la cause sahraouie et des pays du Maghreb arabe, ce père de trois enfants est devenu le « Monsieur Sahara et Maroc ». Il ne manque en effet pas une seule occasion de s’exprimer publiquement – ou sous couvert d’anonymat – pour défendre le dossier sahraoui et porter des coups au voisin marocain avec lequel les relations sont rompues depuis l’été 2021.

À Lire Algérie : Amar Belani, porte-flingue d’El-Mouradia

Très bon communicant, comptant de nombreux amis dans la presse algérienne, Amar Belani est en effet chargé de la riposte médiatique, une mission qu’il mène parfois avec virulence. Ce qui lui vaut d’être régulièrement brocardé par la presse marocaine.

Encore un spécialiste du Maroc, pays où ce diplomate a exercé comme ambassadeur en septembre 2019 avant d’être rappelé à Alger en juillet 2021, peu de temps avant la rupture des relations diplomatiques. Originaire, tout comme Amar Belani, de Guelma (à l’est du pays), ce diplômé de l’ENA (spécialité stratégies internationales) est un polyglotte qui maîtrise notamment le russe, le portugais et l’anglais.

À Lire Algérie-Maroc : quand Lamamra et Hilale croisent le fer

À l’instar de ses collègues qui travaillent dans l’équipe de Lamamra, Abdaoui Abdelhamid a fait carrière comme consul en France – à Lille et Toulouse –, et comme diplomate à Lisbonne, New Delhi, Addis-Abeba, Koweït et Moscou. Il est en charge de la direction de la communication, de l’information et de la documentation au ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger.

Vieux briscard du département des Affaires étrangères, qu’il a rejoint en 1978, Boudjemaa Delmi est l’envoyé spécial pour le Sahel et l’Afrique. Présent dans l’entourage de Ramtane Lamamra depuis plusieurs années, Delmi a fait carrière dans plusieurs capitales comme Tokyo, Genève et Addis-Abeba.

À Lire Mali : comment Alger veut jouer les médiateurs

Sa parfaite connaissance de l’Afrique subsaharienne lui a valu d’être désigné, en octobre 2021, président du Comité de suivi de l’accord de paix et de réconciliation au Mali.

Il fait partie lui aussi de la galaxie de Ramtane Lamamra, lequel aime travailler en confiance. Avant de rejoindre, en novembre 2021, le cercle des collaborateurs du chef de la diplomatie en tant que chef de cabinet, Noureddine Sidi Abed a piloté la direction de la communication et de la documentation des Affaires étrangères.

Aussi à l’aise en anglais qu’en espagnol, ce diplomate a longtemps officié comme consul général à New York (2011-2015), et comme ambassadeur au Chili jusqu’en 2020. Plus discret que Amar Belani, il n’en a pas moins tissé un solide réseau au cœur du paysage médiatique.