Politique

Mali : devant le CNT, un nouveau Choguel Maïga ?

Huit mois après avoir pris ses fonctions, le Premier ministre malien devait faire le bilan de son action face au Conseil national de transition. Il est apparu plus posé et moins va-t-en-guerre, et a promis des élections dans deux ans.

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Mis à jour le 23 avril 2022 à 10:30

Le Premier ministre malien de transition, Choguel Maïga, à Bamako, le 2 février 2022. © NACER TALEL/Anadolu Agency via AFP

Le discours de politique générale avait des allures de réquisitoire. « Monsieur le Premier ministre, le 2 août 2021, notre assemblée a validé votre Plan d’action gouvernemental (PAG). Huit mois après, ce plan est périmé, lance amer Nouhoum Sarr depuis la tribune du CNT. Vous n’avez réalisé que 30 % de celui-ci. Soit 3/10, une note de renvoi, comme si nous étions à l’école. Qu’est-ce qui a manqué, monsieur le Premier ministre ? »

Devant cette assemblée gonflée à bloc, Choguel Maïga garde son sang-froid et note studieusement les interrogations des membres du CNT qui défilent un par un à la tribune. Il sait qu’il est attendu. Début avril, lors de la cérémonie d’ouverture de la session parlementaire, Malick Diaw, le président du CNT avait personnellement interpellé le chef du gouvernement.

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 « Je voudrais m’adresser solennellement au Premier ministre pour lui dire qu’indépendamment des évaluations périodiques faites du PAG, les Maliens veulent savoir exactement l’état d’avancement du processus de transition, ainsi que le chronogramme détaillé », avait-il fait savoir. Où en est le PAG ? Ces derniers mois, le Premier ministre et ses équipes affirmaient que celui-ci avait été réalisé à 80 %. C’est donc l’heure de rendre des comptes. 

Choguel fidèle à lui-même

Quand il monte à la tribune pour répondre aux membres du CNT, Choguel est fidèle à lui-même. S’il y a eu des retards dans la mise en œuvre du Plan d’action gouvernemental, c’est à cause du contexte économique défavorable, miné par le Covid-19, et les embargos économiques et politiques imposées par la Cedeao, défend-il. 

Autre point majeur de crispation : le chronogramme de la transition. Choguel assure alors que les élections auront lieu dans vingt-quatre mois.

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A-t-il réussi à convaincre ? Au sein de l’hémicycle, les membres du CNT l’applaudissent. Néanmoins, l’oral ne convainc pas tous les observateurs maliens. « L’exercice ressemble à une mise en scène de Choguel et de l’ensemble des membres du CNT, regrette un politologue basé à Bamako. Cette intervention ne va déboucher sur rien. Les membres du CNT ne lui ont fixé aucun ultimatum. Je m’attendais à ce qu’on le pousse dans ses retranchements. »

Manque de transparence

S’il y a un point qui fait la fierté de l’actuel gouvernement, c’est le volet sécuritaire. Dans un document de plusieurs pages intitulé « Bilan du gouvernement de transition », que la primature a publié ce vendredi 22 avril, l’exécutif se targue d’avoir fait des avancées majeures en matière d’équipements, pour renforcer le maillage sécuritaire sur l’ensemble du territoire. « Nous pouvons noter le renforcement des capacités de nos forces armées et de sécurité à travers le recrutement de 6 000 éléments, l’acquisition de neuf aéronefs et la remise en opération de plusieurs autres… »

Plusieurs se demandent comment les militaires ont pu acquérir autant d’équipements alors que le pays ne peut décaisser des fonds

Il est vrai que ces derniers mois, Bamako n’a cessé de recevoir des équipements militaires tout droit venus de Russie. Le 18 avril dernier, le chef d’état-major général des armées, le général Oumar Diarra a réceptionné deux hélicoptères de combat et des radars de surveillance. Le 31 mars, le ministère de la Défense affichait fièrement la livraison de deux hélicoptères de combat, des radars russes, des hélicoptères d’attaque Mil Mi-35P et des systèmes radars mobiles 59N6-TE.

Alors qu’il a toujours été reproché aux forces armées maliennes de manquer d’équipements, cet effort consenti par Koulouba aurait dû ravir les Maliens. Et pourtant. Le pays est encore sous embargo économique, et, à Bamako, plusieurs observateurs se demandent comment les militaires ont pu acquérir ces avions alors que le pays ne peut guère décaisser des fonds.

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« Au CNT, on a demandé à Choguel comment l’État finance ces équipements. Il a répondu qu’il fallait laisser cette affaire aux militaires et se contenter d’être heureux que les forces armées maliennes soient bien équipées, explique un autre observateur à Bamako. En tant que chef du gouvernement, il aurait pourtant dû exiger une transparence sur toutes ces facturations. »

Rassurant et assagi

Outre le volet sécuritaire, ce qui ressort de ce grand oral de Choguel, est son changement de posture vis-à-vis des organisations internationales qu’il a vivement critiquées ces derniers mois. Au CNT, le ton était plus posé et assagi. Alors que les relations sont actuellement tendues entre la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) et Koulouba, le Premier ministre a tenu a rassuré les Maliens : « Le mandat de la Minusma sera renouvelé. Il n’y aura pas de changement notable à ce niveau. »

Les discussions avec la Cedeao et l’Uemoa ne sont pas rompues, dit-il

Mettant volontiers de côté le discours populiste dont il était partisan jusqu’alors, Choguel a tenu a rappelé dans l’hémicycle que la Cedeao et l’Uemoa restaient des partenaires privilégiés. « Les discussions ne sont pas rompues », a-t-il asséné.

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Reste à savoir si cela suffira pour trouver un terrain d’entente avec les organisations régionales. La Cedeao n’a pour l’instant pas voulu des chronogrammes proposés par Bamako. Lors des dernières négociations, elle souhaitait concéder au maximum seize mois supplémentaires à la junte.