Livres

« Notre quelque part » de Nii Ayikwei Parkes : polar et vin de palme…

Par

Alain Mabanckou est écrivain et professeur de littérature francophone à UCLA (États-Unis). Depuis 2016, il occupe la chaire de création artistique au Collège de France.

Le ghanéen Nii Ayikwei Parkes.

Le ghanéen Nii Ayikwei Parkes. © © éd. Zulma

Par Alain Mabanckou, écrivain franco-congolais.

En cette rentrée littéraire de début d’année, un livre m’a émerveillé tant par son écriture que par le regard porté par l’auteur sur les mythes et les légendes des sociétés de l’Afrique de l’Ouest. Nii Ayikwei Parkes, né au Ghana en 1974, publie ainsi un premier roman, Notre quelque part, dont les hardiesses du style le classent d’emblée parmi la lignée de nouveaux auteurs de talent venant principalement du Nigeria comme Helon Habila, Chimamanda Ngozie Adichie ou Uzodinma Iweala. Le roman a été finaliste du prestigieux Commonwealth Prize.

Notre quelque part s’articule autour de deux personnages narrateurs. D’abord Kayo Odamtten, un jeune scientifique débarqué de Londres, empreint d’une logique professionnelle européenne rigoureuse, mais très respectueux des traditions locales. Ensuite le forestier Yao Poku, féru de chasse et par ailleurs grand amateur de vin de palme – savourez donc le clin d’oeil à L’Ivrogne dans la brousse, de Tutuola ! Médecin légiste, Kayo Odamtten travaille dans un laboratoire de contrôle d’Accra quand il est recruté par l’inspection générale de la police pour enquêter sur un meurtre énigmatique qui aurait été perpétré dans le village de Sonokrom. Proche des villageois, contrairement aux policiers, qui les ont confortés dans le silence, Kayo, au fil d’investigations scientifiques et de discussions avec le féticheur Oduro et Yao Poku, cherche à élucider la découverte macabre que vient de faire une jeune femme dans la case d’un certain Kofi Atta.

C’est un autre univers qui s’ouvre, ce monde perdu, ce « quelque part » où les légendes pourraient peut-être fournir des pistes nécessaires à la compréhension de notre monde… Notre quelque part met en scène un enquêteur faussement naïf, un monde contemporain à l’assaut des vestiges du passé, avec en toile de fond l’importance du témoignage oral. Si ce roman nous rappelle d’emblée l’univers romanesque d’Amos Tutuola, il faudrait aussi ajouter celui d’Ahmadou Kourouma puisant dans le malinké, ce parler qui fit sa signature et son originalité. Il faut saluer aussi l’excellente traduction de Sika Fakambi, car l’auteur ghanéen, pour magnifier cet univers fantastique, a mêlé avec délicatesse le pidgin, les langues maternelles de son village et l’anglais le plus soutenu.

Nous sommes pris par le vertige du vin de palme, mais un vertige pour le triomphe de la littérature, la vraie. Avec Nii Ayikwei Parkes, nous sommes certains que le roman est de retour, aussi bien en ce qui concerne l’imaginaire qu’en ce qui concerne le rôle de l’écrivain face aux turbulences de la société.

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Par Alain Mabanckou, écrivain franco-congolais

 

    © capture d’écran zulma.fr

>> Notre quelque part, de Nii Ayikwei Parkes, éd Zulma, 306 pages, 21 euros

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