Politique

Algérie : Ahmed Ouyahia, d’ancien dauphin à nouvelle doublure de Bouteflika

Ahmed Ouyahia, en septembre 2012, à l'assemblée populaire nationale.

Ahmed Ouyahia, en septembre 2012, à l'assemblée populaire nationale. © Farouk Batiche / AFP

Nommé directeur de cabinet à la présidence, l’ex-Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia fait son grand retour. Histoire de jouer les recours ?

Dix-huit mois après son limogeage, le 11 septembre 2012, l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, 61 ans, sort du silence en accordant une longue interview à la chaîne privée Ennahar TV. Dans cet entretien diffusé le 12 mars, il aborde l’état de santé du président Abdelaziz Bouteflika, qu’il a rencontré à deux reprises les jours précédents ("il est moins bien portant qu’en 1999, mais ses capacités intellectuelles n’ont pas été altérées, ce qui lui permet de briguer un nouveau mandat"). Il évoque aussi la controverse autour du Département du renseignement et de la sécurité (DRS, services secrets), pour assurer que ce service "n’est pas opposé au quatrième mandat" et déplorer que "certains l’assimilent à la Savak du chah d’Iran". Et se prononce enfin sur le mystérieux Toufik (de son vrai nom Mohamed Mediène), patron du DRS depuis près de vingt-cinq ans, qui "n’est ni plus ni moins qu’un général au service de la République".

Eviter la polémique avec ceux qui ne pensent pas comme lui

Ton posé, termes judicieusement choisis, Ouyahia est fidèle à sa réputation : une fermeté qui ne s’embarrasse pas d’aspérités et un souci constant d’éviter la polémique avec "ceux qui ne pensent pas comme [lui]" – entendre par là les adversaires du candidat Bouteflika, ceux qui manifestent leur opposition à sa réélection ou qui appellent à un boycott du scrutin. Son soutien à un quatrième mandat du président sortant ? "Le produit d’une analyse lucide et rationnelle qui prend en compte autant le parcours du personnage que le bilan de ses trois mandats, ainsi que les menaces qui planent sur le pays du fait de la dégradation sécuritaire à nos frontières."

Au moment de la diffusion de l’interview, manifestement enregistrée quelques jours auparavant, une alerte info défile en bas de l’écran : "Ahmed Ouyahia est nommé directeur de cabinet à la présidence de la République, avec rang de ministre d’État." Ainsi donc, la sortie médiatique de cet énarque kabyle coïncide avec son retour au sein des institutions. Ouyahia remplace Moulay Mohamed Guendil, en fonction depuis 2006, à la tête du cabinet civil d’Abdelaziz Bouteflika.

Brouhaha préélectoral

Longtemps présenté comme le dauphin naturel, avant d’être brutalement écarté de ses fonctions officielles et de son poste de secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND, deuxième parti du pays derrière le FLN), l’ex-Premier ministre revient donc en force sur la scène politique. Son long mutisme, contrastant avec le brouhaha préélectoral et l’agitation qui a suivi le Printemps arabe, a conforté aux yeux de l’opinion sa stature d’homme d’État. Et ce malgré sa relative impopularité, née de son passage à la primature au milieu des années 1990, en plein plan d’ajustement structurel (arrêt des subventions sur les produits de première nécessité, licenciements massifs…). Revenu aux affaires en 2003, période d’abondance et de prospérité, il s’était distingué en refusant d’augmenter les salaires, soulignant que la richesse du pays résultait de ses revenus pétroliers et non de ses performances économiques. À raison donc…

Chef du gouvernement à trois reprises, Ahmed Ouyahia a été le seul haut responsable à s’exprimer en tamazight, langue berbère – inscrite tardivement dans la Constitution comme langue nationale -, devant le Parlement. Son retour médiatique laisse entrevoir les intentions du système algérien : trouver un plan B en cas de défaillance d’Abdelaziz Bouteflika, avant ou après l’élection.

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