Politique

Raphaël Élizé, premier maire noir de France

Raphaël Élizé, fut maire de Sablé-sur-Sarthe avant de devenir résistant.. © DR

Le 19 mai 1929, dans une petite ville de la Sarthe, un Martiniquais devenait le premier maire noir de France. Un parcours semé d'épreuves pour un destin hors norme : celui de Raphaël Élizé.

Martiniquais, petit-fils d’une esclave affranchie (Élise, qui donna son nom à la famille) : a priori, rien ne prédisposait Raphaël Élizé à devenir maire de Sablé-sur-Sarthe, petite commune des pays de la Loire. Et pourtant… Né le 4 février 1891 au Lamentin, Raphaël a seulement 11 ans lorsqu’il est contraint de fuir, avec sa famille, la monstrueuse éruption de la montagne Pelée (30 000 morts). Il poursuit sa scolarité à Paris avant d’intégrer l’École nationale vétérinaire de Lyon, dont il ressort major en 1914. Aussitôt, la guerre éclate. Le jeune homme est mobilisé sur le front de la Marne, dans le 36e régiment colonial d’infanterie. Il survit et est décoré de la Croix de guerre en 1919.

La même année, Raphaël Élizé est nommé vétérinaire à Sablé-sur-Sarthe, petite ville rurale et conservatrice de 5 000 habitants. Il s’y installe avec sa femme Caroline et, par son travail et son implication dans la vie locale, gagne peu à peu le respect de la communauté. Une popularité qui, toutefois, ne lui assure pas encore la mairie lorsqu’il se présente pour la première fois, en 1925, sous l’étiquette SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière), à laquelle il a adhéré l’année précédente. Quatre ans plus tard, le 19 mai 1929, il transforme l’essai, devenant le premier maire noir de l’Hexagone. Réélu en 1935, il équipe Sablé d’une cantine, d’un terrain de football et d’une piscine olympique – la première dans l’ouest de la France. Il met aussi en place une consultation pédiatrique gratuite à l’hôpital local.

Destitué par l’occupant

La guerre, de nouveau, l’interrompt dans son élan. Mobilisé en septembre 1939 comme vétérinaire à Hirson, dans l’Aisne, il est destitué de ses fonctions de maire par l’occupant à son retour du front, le 9 août 1940. "Il est incompréhensible pour le ressentiment allemand et pour le sens du droit allemand qu’un homme de couleur puisse revêtir la charge de maire", exprimait un arrêté de la Feldkommandantur, ainsi que le rapporte Serge Bilé dans son ouvrage Noirs dans les camps nazis.

Redevenu vétérinaire à plein temps, il s’engage dans la Résistance. Il est dénoncé et arrêté en septembre 1943, puis déporté à Buchenwald le 17 janvier 1944. Le 9 février 1945, il est grièvement blessé lors d’un bombardement allié et décède dans la journée. Non sans laisser derrière lui un solide héritage. "Son modernisme et son enthousiasme ont profondément marqué les Saboliens", note François Fillon, son successeur à la mairie de Sablé bien des années plus tard (de 1983 à 2001). Pour l’ex-Premier ministre, l’élection de Raphaël Élizé fut le symbole d’une "première avancée de la lutte contre les préjugés".

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