Politique

Sénégal : Guy Marius Sagna, de la prison à la mairie de Dakar

Le leader de Frapp-France dégage, militant anti-impérialiste habitué aux séjours en cellule, vient d’être nommé conseiller technique par le nouveau maire de Dakar, Barthélémy Dias. Et compte bien se lancer dans la campagne des législatives.

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Par - à Dakar
Mis à jour le 22 avril 2022 à 15:22

Barthélémy Dias et Guy Marius Sagna. © FACEBOOK Barthelemy DIAS l’Officiel

On l’avait connu manifestant, protestant, défiant les policiers envoyés pour l’emmener manu militari en garde à vue – au mieux – ou à la prison de Rebeuss, à Dakar – au pire.

Mais, ce 20 avril, c’est face au nouveau maire de la capitale sénégalaise, Barthélémy Dias, que Guy Marius Sagna pose, tout sourires, vêtu d’un t-shirt à l’effigie de son mouvement, le Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine (Frapp-France dégage). Au sortir de l’entretien, on apprend la nouvelle : le trublion a été nommé conseiller technique du maire, chargé de l’action sociale et de la réinsertion.

Entre les deux hommes, la relation est ancienne. « Nous nous sommes rencontrés pour la première fois il y a dix ans, devant la prison de Tambacounda, confie Guy Marius Sagna à Jeune Afrique. J’étais alors le coordinateur régional du M23 [Mouvement du 23 juin] dans la ville et il était venu voir son camarade Malick Noël Seck, emprisonné à Tamba. Nous nous croisions aussi lors de manifestations dans les rues de Dakar. »

Contribution décisive

Depuis trois ans, les deux hommes se parlent « de manière régulière, autour des préoccupations du Sénégal et de l’Afrique », ajoute le militant. Barthélémy Dias avait ainsi rejoint le Frapp dans la lutte contre la spoliation foncière des 79 familles de militaires en retraite « déguerpis « de Terme-Sud, à Ouakam, où « il a apporté une contribution décisive ».

Autres sujets de mobilisation communs, « les accords léonins de partenariat économique entre l’Union européenne et l’Afrique ou encore l’occupation monétaire de nos pays par la France à travers le franc CFA », ajoute Guy Marius Sagna.

À Lire Sénégal : Guy Marius Sagna, une certaine idée de la lutte

Selon Karine Jouhanelle, collaboratrice du maire de Dakar chargée de la communication, « les relations amicales qu’ils cultivent depuis plusieurs années ne sont pas à l’origine de cette nomination : Barthélémy Dias considère que Guy Marius Sagna a les aptitudes requises pour assurer cette fonction et il voulait montrer aux populations dakaroises que la nouvelle équipe se préoccupe de leurs problèmes ».

Rendre la mairie aux populations en insufflant un modèle démocratique qui les placera au cœur du processus de décision

Travailleur social abonné aux séjours carcéraux et coutumier des diatribes au vitriol envers le régime de Macky Sall, Guy Marius Sagnas cultivait jusque-là un style où l’excès le disputait souvent à l’outrance. Sa fonction auprès du maire de Dakar est-elle le signe d’un assagissement ?

« À Dakar, il y a des priorités transversales, répond le militant : rendre la mairie aux populations en insufflant un modèle démocratique qui les placera au cœur du processus de décision et d’évaluation. Les lois sur la décentralisation excluent fondamentalement les populations de la gestion de leur collectivité territoriale. En attendant de changer ces lois, quelle sera la marge de manœuvre à notre disposition pour démocratiser la gestion de la ville de Dakar ? » s’interroge-t-il.

À Lire Sénégal : Barthélémy Dias et Ousmane Sonko, duo de choc

Au lendemain des élections locales et à quelques semaines des législatives prévues le 30 juillet, Guy Marius Sagna fait feu de tout bois. À la veille d’être intronisé conseiller technique par Barthélémy Dias, il faisait en effet savoir qu’il se portait candidat à la candidature, en vue des législatives, au sein de la coalition Yewwi Askan Wi, qui rassemble trois ténors de l’opposition : Ousmane Sonko (récemment élu maire de Ziguinchor), Barthélémy Dias et Khalifa Sall (maire de Dakar entre 2009 et 2018).

Tour de chauffe

En 2017, l’activiste avait effectué un tour de chauffe en dirigeant la campagne de Ndawi Askan Wi, la coalition alors emmenée par Ousmane Sonko. « Malgré l’insistance de certains, j’avais refusé de figurer sur la liste car j’estimais à l’époque que je devais contribuer à montrer qu’on pouvait s’engager de façon désintéressée et être membre d’une coalition sans figurer parmi les candidats. » Deux ans plus tard, Guy Marius Sagna allait soutenir officiellement la campagne d’Ousmane Sonko lors de la présidentielle.

Tous deux reliés par leurs attaches casamançaises et par la tonalité radicale de leur discours, Sagna et Sonko constitueront donc, avec Barthélémy Dias, un trio de nature à créer des étincelles dans le landerneau politique sénégalais lors des prochaines législatives.

Ils font beaucoup de bruit pour rien

« Ils font beaucoup de bruit pour rien », ironise un proche de Macky Sall, sans chercher à dissimuler à quel point la mouvance présidentielle se passerait bien de ces trois énergumènes incontrôlables dont deux – Ousmane Sonko et Barthélémy Dias – sont actuellement soumis à la menace d’une condamnation judiciaire et dont le troisième a multiplié de longue date les séjours à la prison de Rebeuss.

Après l’élection récente de ses deux alliés aux mairies de Dakar et Ziguinchor, Guy Marius Sagna créera-t-il la surprise en débarquant en t-shirt « Frapp-France dégage ! » au sein de l’hémicycle ? « Je participe, dans le cadre du Frapp, à la lutte pour la souveraineté du Sénégal et de l’Afrique, précise-t-il. Et nous comptons bien continuer à accompagner nos concitoyens opprimés qui se battent. Nous pensons qu’en même temps que nous crions dans la rue, l’Assemblée nationale se doit d’être une caisse de résonance pour les revendications et les aspirations du peuple sénégalais. »