Politique

Côte d’Ivoire : pourquoi Alassane Ouattara a choisi Tiémoko Meyliet Koné pour la vice-présidence

L’ex-gouverneur de la BCEAO devient le deuxième personnage de l’État. Ce technocrate discret et irréprochable est depuis de longues années un « conseiller de l’ombre » du président ivoirien.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 21 avril 2022 à 20:02

Le vice-président Tiémoko Meyliet Koné salue le drapeau national ivoirien après avoir prêté serment au palais présidentiel d’Abidjan le 20 avril 2022. © ISSOUF SANOGO/AFP

Main droite levée, costume sombre et fines lunettes, Tiémoko Meyliet Koné a prêté serment ce mercredi 20 avril devant les juges du Conseil constitutionnel. À 72 ans, cet homme placide est ainsi devenu le deuxième vice-président de l’histoire du pays.

La veille, devant le Congrès réuni à Yamoussoukro, Alassane Ouattara avait annoncé la nomination de celui qui depuis 2011 était le gouverneur de la BCEAO. Un choix qui n’a pas étonné les visiteurs du soir du palais présidentiel : le nom de cet homme était régulièrement évoqué ces dernières années. Déjà en juillet 2020, lors de la mort du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly puis de la démission du vice-président Daniel Kablan Duncan, on parlait de lui comme d’un recours éventuel.

Réseaux internationaux

Ce haut dirigeant a en effet tous les atouts pour séduire le président ivoirien. « Technocrate hors pair, brillant économiste et homme compétent », il a effectué un parcours sans faute.

C’est quelqu’un que le chef de l’État consultait régulièrement à cause de son expérience internationale

Diplômé de sciences économiques à l’université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody puis formé à la Banque centrale, il est aussi passé par le Fonds monétaire international (FMI) avant de prendre la tête de la BCEAO, deux institutions internationales où a travaillé Alassane Ouattara. Sa carrière a permis à Tiémoko Meyliet Koné d’acquérir de solides réseaux économiques et internationaux.

« C’est quelqu’un que le chef de l’État consultait régulièrement à cause de son expérience internationale. C’était un conseiller de l’ombre », souligne une source proche du président ivoirien.

Un homme de confiance sur lequel Alassane Ouattara, qui souhaite être plus épaulé, pourra s’appuyer pour suivre des dossiers clés. Le premier d’entre eux sera celui de la réforme du Franc CFA.

Appelé par Soro

C’est en 2007 que Tiémoko Meyliet Koné se fait connaitre des Ivoiriens. À l’époque, cet homme originaire de Ferkessédougou par son père mais qui préfère la ville de sa mère, Tafiré – il y possède un ranch, une résidence secondaire et un complexe hôtelier – , venait de quitter la Banque centrale pour lancer un cabinet de consulting. Un projet qu’il n’aura jamais la possibilité de mener à bien.

Guillaume Soro est nommé Premier ministre de cohabitation de Laurent Gbagbo et a besoin d’un directeur de cabinet. Cardosi Koné, actuel député de Ferkessédougou, la ville de Soro, et proche ami de Tiémoko Meyliet Koné lui suggère alors de travailler avec le discret technocrate. Alassane Ouattara recommande aussi l’économiste.

Alassane Ouattara, qui se dit fatigué, pourra s’appuyer sur cet homme de confiance

Son efficacité et sa probité sont remarquées et le conduisent à prendre la tête du ministère de la Construction début 2010. Sa mission ? Remettre de l’ordre, imposer de bonnes pratiques et de la transparence.

En novembre 2010, lorsqu’Alassane Ouattara est élu, il le nomme conseiller spécial chargé des finances pour quelques mois avant d’en faire son candidat au poste de gouverneur de la BCEAO, laissé vacant par Henri Dakoury-Tabley contraint à la démission.

Loyauté et expertise

Onze années plus tard, Tiémoko Meyliet Koné revient à des fonctions nationales. Près de deux ans après la démission de Daniel Kablan Duncan et alors qu’il avait un temps envisagé de supprimer le poste de vice-président, Alassane Ouattara l’a désigné deuxième personnage de l’État.

Rien n’indique pourtant qu’il en fasse ainsi son dauphin en vue de la course à la présidence de 2025. C’est sur la loyauté et l’expertise que le président ivoirien semble avoir misé.