Économie

Sénégal, Tunisie… Péril sur la reprise touristique en 2022

Après le Covid-19, ce sont les coups d’État en Afrique de l’Ouest et la guerre en Ukraine qui menacent désormais la fragile reprise du secteur touristique.

Mis à jour le 22 avril 2022 à 10:53

Des touristes devant l’amphithéâtre d’El Jem, , construit à la fin du IIIe siècle et classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Tunisie, mai 2021. Few tourists wait to buy tickets to go into the El Jem’s amphitheatre, a UNESCO World Heritage Site built in the late 3rd century, in El Jem, amid the coronavirus disease (COVID-19) outbreak, Tunisia, May 20, 2021. © Angus McDowall/Reuters

« Le tourisme connaît un bon départ en 2022, mais fait face à de nouvelles incertitudes », indique l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) dans son baromètre de mars.

Si l’Afrique a connu une chute drastique des arrivées internationales due au variant Omicron en décembre 2021, « les taux d’occupation des hôtels ont augmenté de 48 % en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne, et de 34 % en Afrique australe » entre janvier 2021 et janvier 2022, explique la Seychelloise Elcia Grandcourt, directrice du département régional pour l’Afrique de l’OMT, dans un mail à Jeune Afrique.

Selon cette dernière, l’accès aux vaccins, la levée des restrictions de voyage et une coordination renforcée peuvent permettre une reprise efficace du tourisme international. Mais l’offensive militaire russe sur l’Ukraine a rebattu les cartes.

650 000 touristes russes en Tunisie en 2019

Sur le continent, l’effondrement de la demande russe affecte surtout la Tunisie, où les Russes représentaient 7 % des 9,4 millions de touristes internationaux enregistrés en 2019, soit plus de 650 000 personnes, selon l’Organisation mondiale du tourisme.

Une clientèle que la Tunisie s’est efforcée de capter et de fidéliser ces dernières années, avec un certain succès : le nombre de touristes russes a plus que doublé depuis 2013, alors que les 300 000 arrivées russes constituaient un véritable moteur pour la reprise d’un secteur fortement freiné par la révolution. Quant aux Ukrainiens, ils étaient 30 000 à venir en Tunisie en 2019, selon une déclaration du ministre du Tourisme, Mohamed Moez Belhassine, à la presse tunisienne début mars.

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« La clientèle russe est très présente depuis des années, surtout dans les hôtels qui proposent des formules all-inclusive, où le personnel est formé à parler russe », explique ainsi le directeur commercial d’une enseigne hôtelière internationale à Hammamet, lequel précise n’avoir « aucune visibilité » quant à la présence de ce public cette saison.

Les Russes avaient aussi largement contribué à la préservation du tourisme aux Seychelles pendant la pandémie : les îles de l’océan Indien, qui figurent dans le top 10 des destinations les moins touchées par la crise sanitaire, avaient vu leur proportion de visiteurs russes passer de 3 % en 2019 à 17 % en 2021.

Chute du pouvoir d’achat et des investissements

Mais le conflit a également un impact considérable sur le tourisme international du fait de l’inflation qu’il génère, notamment quant au prix du carburant.

Même les pays non directement touchés par les coups d’État peuvent souffrir »

« Il est certain que l’offensive militaire accentuera la pression des conditions économiques déjà difficiles, en réduisant le pouvoir d’achat des consommateurs, en sapant leur confiance et en rendant les investissements plus incertains », indique l’OMT dans son baromètre de mars. Le conflit est d’ores et déjà mis en avant pour expliquer la pénurie de kérosène qui a touché le 20 mars l’aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), à Dakar.

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Le Mali, le Burkina Faso et la Guinée doivent également faire face à la méfiance générée par les coups d’État. Au Mali, qui était des trois le pays le plus touristique en 2019, avec 217 000 arrivées, contre 143 000 pour le Burkina Faso, selon l’OMT, le renversement d’IBK, le 18 août 2020, avait déjà porté un coup à un tourisme fragilisé par la crise sanitaire.

Il faudra une volonté politique pour accompagner le redémarrage du secteur »

L’organisation internationale ne dispose pas de chiffres pour la Guinée, où le tourisme de loisir est très peu développé, selon la directrice générale de l’Office national du tourisme, Kade Camara.

Une fois la stabilité rétablie, il faudra « une volonté politique pour accompagner le redémarrage du secteur », indique Elcia Grandcourt. Selon cette dernière, le ralentissement lié au contexte politique de ces trois pays pourrait toucher l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. « Bien qu’ils n’aient pas été directement touchés par les coups d’État, les pays voisins peuvent également souffrir d’une perception négative par les marchés internationaux », assure-t-elle, rappelant que « la sécurité est une préoccupation majeure » du secteur.