Politique

RDC – États-Unis : l’influent ambassadeur Mike Hammer sur le départ

Pilier de la stratégie américaine à Kinshasa, le diplomate, qui entretenait par ailleurs des relations conflictuelles avec Joseph Kabila et François Beya, s’apprête à quitter le pays.

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Mis à jour le 21 avril 2022 à 13:56

Mike Hammer et Félix Tshisekedi. © PRÉSIDENCE RDC.

Après plus de trois années passées à Kinshasa, l’ambassadeur des États-Unis, Mike Hammer, doit, selon nos informations, quitter la RDC. Plusieurs sources américaines qui suivent le dossier nous ont confirmé ce départ, effectif « dans les trois prochains mois ».

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Toujours selon nos sources, une première personne avait été choisie en 2021 pour lui succéder. Cette diplomate, dont le nom est resté secret, est finalement revenue sur sa décision, suite au décès de l’ambassadeur italien Luca Attanasio, assassiné lors d’un déplacement dans l’est de la RDC en février 2021.

Processus délicat

Le remplaçant de Mike Hammer n’ayant pas encore été désigné, un chargé d’affaires devrait assurer son intérim pendant quelques mois. Le processus de nomination s’annonce délicat en raison du contexte politique américain. En effet, plusieurs diplomates actuellement en attente de réaffectation devront patienter d’ici à la tenue des élections de mi-mandat, prévues en novembre 2022, pour connaître leur nouveau poste.

« Tout choix nécessite la confirmation du Sénat, un obstacle difficile dans une année électorale », confirme une source américaine qui suit ce dossier, et cite en exemple le cas de Tulinabo Mushingi, nouvel ambassadeur des États-Unis en Angola. Choisi par le président Joe Biden il y a un an, il n’a pu officiellement prendre son poste qu’en mars.

En opposition avec Joseph Kabila…

Mike Hammer est devenu l’un des diplomates les plus influents de Kinshasa, où il est arrivé quelques jours seulement avant l’élection présidentielle du 30 décembre 2018. Il a joué un rôle central dès le début du mandat de Félix Tshisekedi, dont l’élection avait été fortement contestée à Washington, comme dans d’autres capitales. Il a aussi été un pilier du rapprochement entre la RDC et les États-Unis, qui entretenaient des relations plus que délicates avec Joseph Kabila.

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Le camp de l’ancien président a d’ailleurs souvent été en opposition frontale avec l’ambassadeur. Régulièrement accusé par ses détracteurs de faire preuve de « militantisme » en faveur de Tshisekedi, Hammer a joué un rôle clé dans de nombreux dossiers, qu’il s’agisse du renversement de la majorité parlementaire contrôlée par Kabila, du remaniement dans l’appareil militaire ou de la renégociation des contrats miniers signés avec la Chine.

… et avec François Beya

Selon nos informations, Mike Hammer a également entretenu une relation houleuse avec François Beya, l’ancien conseiller spécial en matière de sécurité de Félix Tshisekedi. Arrêté le 5 février sur la base de soupçons d’atteinte à la sûreté de l’État, Beya a, selon les confidences livrées à son entourage, critiqué « l’intrusion [de Mike Hammer] dans les affaires de l’État » et réclamé que celui-ci retourne aux États-Unis. L’ambassadeur dispose de solides relais dans le premier cercle de Tshisekedi. Il est, entre autres, proche du « Monsieur États-Unis » du président, Serge Tshibangu.

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Formé en droit et en relations internationales, Mike Hammer ne connaît pas encore sa future destination. Contactée par Jeune Afrique, l’ambassade des États-Unis en RDC nous a simplement répondu que cela dépendra du « bon vouloir du président Joe Biden ».