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Cet article est issu du dossier «RDC : Lubumbashi la cosmopolite»

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RDC : Lubumbashi, une cité arc-en-ciel

Par Donatien Dibwe dia Mwembu

Donatien Dibwe dia Mwembu est historien, professeur et directeur scientifique de l'Observatoire du changement urbain de l'université de Lubumbashi (Unilu).

Ville stratégique, Lubumbashi a des origines économiques, en tant que fille de l’industrie minière, et politiques, puisqu’elle était censée constituer une barrière contre l’avancée de l’influence britannique venant du sud du continent. Ce qu’elle n’a pas fait. Les autorités d’Élisabethville [ancien nom de la métropole] et la plupart des premiers agents engagés par l’Union minière du Haut-Katanga (UMHK) étaient anglophones. On parlait le français et l’anglais, certains journaux étaient édités dans la langue de Shakespeare, et le kiswahili lui-même s’enrichit de quelques emprunts à cette dernière.

Aujourd’hui, la ville est davantage tournée vers l’Afrique australe anglophone que vers l’Europe. Le fait qu’y prolifèrent les centres d’apprentissage linguistique, en particulier de l’anglais, montre clairement la volonté des Lushois de maîtriser cette langue, ainsi que leur aspiration profonde à développer ou à renouveler leurs rapports avec l’Afrique australe. Par ailleurs, l’anglais est l’une des trois langues, avec le kiswahili et le français, qui indiquent les valeurs faciales sur les billets de banque congolais.

Les multiples fonctions (économique, politique et culturelle) de Lubumbashi justifient sa force de concentration de l’espace et de la population, ainsi que l’attrait qu’elle suscite chez des migrants d’origines très diverses : Congolais, Zambiens, Angolais, Burundais, Rwandais, Belges, Britanniques, Allemands, Italiens, Portugais, Turcs, Sud-Africains, Grecs, Français, Libanais, etc.

Sa position sur la ligne de chemin de fer en provenance du sud en fait aussi le centre de redistribution des produits importés pour la province et son hinterland.

Sa position sur la ligne de chemin de fer en provenance du sud en fait aussi le centre de redistribution des produits importés pour la province et son hinterland. Cependant, les autorités provinciales et municipales luttent pour la réhabilitation des infrastructures routières et ferroviaires, afin de faciliter l’écoulement des produits vivriers vers Lubumbashi, où, à cause de la dégradation des conditions socio-économiques, le secteur informel s’est implanté confortablement et sert même de soutien au secteur formel.

Multiraciale et multiculturelle, la ville a connu une trajectoire économique, politique et culturelle pleine de contradictions. Tantôt elle attire, tantôt elle exclut ce qui lui est étranger. Alors que la naissance et le développement des industries exigent la présence d’une main-d’oeuvre nombreuse, les problèmes d’ordre racial, les crises économiques, les troubles politiques et la lutte pour l’hégémonie économique et politique ont fait de la capitale katangaise une ville "exclusive".

Lubumbashi a une et plusieurs identités. Ses symboles la distinguent des autres cités du pays et de son arrière-pays. Mais en son sein cohabitent des quartiers riches, intermédiaires et pauvres. Une disparité que vient renforcer l’inégalité dans la distribution de l’eau et de l’électricité, dans la présence des services de police, etc. Chacune de ses sept communes a une identité propre, qui varie selon la perception que s’en font ses habitants : ceux de la Kenya sont considérés comme indisciplinés ; ceux de Lubumbashi se croient plus civilisés que les autres ; ceux de la commune Annexe sont assimilés à des villageois, à cause de leur habitat qui ressemble encore majoritairement à celui des villages… Ces différentes perceptions justifient aussi l’attraction ou la répulsion qu’exercent certaines communes sur les Lushois et, donc, les migrations internes qui s’opèrent au sein même de la ville.

Les autorités se donnent pour principe : "Lubumbashi wa ntanshi" ("Lubumbashi la première", en lamba, langue des Bembas).

Depuis un certain temps, les autorités locales voudraient faire de la métropole une oasis de paix et de modernité, se donnant pour principe : "Lubumbashi wa ntanshi" ("Lubumbashi la première", en lamba, langue des Bembas), selon l’expression de feu Floribert Kaseba Makunko, maire de 1997 à 2008. Or cette devise peut soit exprimer le souhait de voir "Lubumbashi" première parmi les autres villes de la RD Congo, soit faire référence à la "Lubumbashi chronologiquement première", à savoir Élisabethville.

L’on se sert ainsi du passé comme d’un instrument de mesure pour améliorer l’avenir de la cité. Un pas vers la renaissance d’une Élisabethville symbole de travail, de fierté du Katanga et du Congo, vers la redécouverte de la propreté, l’aspiration à la modernité et le rejet de la médiocrité. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la politique d’assainissement, d’amélioration des conditions de vie et de lutte contre le secteur informel poursuivie par la municipalité et le gouvernorat.

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