Société

Covid : les vaccins chinois sont-ils vraiment efficaces ?

La Chine a très tôt fait de gros efforts pour fournir des vaccins au continent. Elle multiplie maintenant les partenariats pour les fabriquer en Afrique. Problème : la nouvelle vague qui frappe les mégalopoles chinoises jette un doute sur leurs performances.

Mis à jour le 21 avril 2022 à 15:04

Pendant le confinement à Shanghaï, en Chine, le 17 avril 2022. Workers in a protective suits direct residents lining up for nucleic acid test during lockdown amid the coronavirus disease (COVID-19) pandemic, in Shanghai, China, April 17, 2022 © REUTERS/Aly Song

« Nouvelle vague », « rebond épidémique » : quel que soit le nom qu’on donne au phénomène, la Chine est, depuis la fin de mars, à nouveau frappée par le Covid. Un sous-variant d’Omicron, particulièrement contagieux, se répand dans certaines régions au point de provoquer le confinement quasi total de Shanghaï (26 millions d’habitants) et la mise en quarantaine de Shenzhen (12,5 millions d’habitants).

Certes, depuis plus de deux ans, le monde s’est habitué aux multiples rebonds successifs des contaminations au Covid-19. Cette résurgence chinoise inquiète néanmoins : le pays a toujours pris des mesures drastiques pour contrer la pandémie et produit depuis le début des vaccins en quantités industrielles. Les deux principaux – le CoronaVac de Sinovac et le BBIBP-CorV, parfois désigné sous son appellation commerciale de Covilo, de Sinopharm – sont des sérums utilisant le virus sous sa forme inactivée. Mais plusieurs études mettent en doute leur efficacité face aux variants apparus après leur développement : Beta, Delta et, surtout, Omicron.

Le Scripps Research Translational Institute de Californie, les universités de Hong Kong et de Yale viennent de se pencher sur la question afin de comprendre le rebond observé en Chine et leurs conclusions, bien que temporaires, convergent. Les vaccins Sinovac comme Sinopharm étaient assez efficaces face à la forme originelle du Covid-19, mais ils le sont beaucoup moins contre les variants. Les chercheurs préconisent donc que les personnes vaccinées avec l’un ou l’autre se fassent administrer des doses boosters de sérum à ARN-messager, Pfizer/BioNTech ou Moderna. En particulier les patients âgés de 60 ans et plus qui, selon l’une des études, ont trois fois plus de risques de mourir en cas d’infection au Covid s’ils sont vaccinés avec une ou deux doses de Sinovac qu’avec le vaccin Pfizer.

En Afrique aussi, ces résultats sont inquiétants. Car les industriels chinois, encouragés par les autorités de leur pays, ont largement distribué leurs vaccins au continent. Beaucoup d’Africains sont donc vaccinés avec du Sinovac ou du Sinopharm.

Selon les derniers chiffres de l’OMS, 209 millions de personnes sont entièrement vaccinées en Afrique, soit environ 16 % de la population. À ce jour, le continent aurait reçu 816 millions de doses et en aurait administré entre 450 et 480 millions. Le sérum le plus répandu est maintenant le Pfizer/BioNTech – 167 millions de doses livrées –, mais on dénombre aussi 91,8 millions de doses de Sinopharm et 46,4 millions de Sinovac (ainsi que 83,3 millions d’AstraZeneca, 81,9 millions de Johnson & Johnson, 28,8 millions de Moderna et, modestement, 2,46 millions de Sputnik-V russe).

De bonnes raisons de s’inquiéter

Le plus populaire des vaccins chinois, celui de Sinopharm, est approuvé par 90 pays dans le monde, dont 36 en Afrique, et le Sinovac dans 54 pays, dont 15 sur le continent. Certains États ont même décidé d’aller plus loin en négociant directement avec les laboratoires chinois. L’Égypte, après avoir réalisé des tests fin 2020, a ainsi commencé à vacciner son personnel soignant au Sinopharm dès janvier 2021. À la même époque, le Maroc, qui annonçait son ambition de vacciner toute sa population, signait un partenariat avec un industriel chinois afin de fabriquer des sérums sur son sol. Le royaume a depuis lancé la production à un rythme de 3 millions de doses par mois, et annonce vouloir passer rapidement à 5 millions, puis, en fin d’année, à 20 millions de doses mensuelles.

L’Algérie a également signé avec Sinovac un accord prévoyant la production locale de sérums tandis que la Tanzanie, où les autorités avaient commencé par nier la réalité de la pandémie, a reçu en mars dernier un premier lot d’un million de doses de Sinovac offert par la Turquie.

L’Afrique du Sud, enfin, où les vaccins chinois et russe reçoivent l’appui enthousiaste des Economic Freedom Fighters de Julius Malema, envisage elle aussi de produire sur son sol le CoronaVac de Sinovac et participe actuellement à une étude internationale visant à évaluer son efficacité réelle sur les enfants et les adolescents.

S’il se confirme que les sérums chinois se montrent inefficaces face aux nouveaux variants, l’Afrique a donc de bonnes raisons de s’inquiéter. D’autant que, comme l’a noté l’OMS au début d’avril, le relâchement en matière de surveillance et de prise de précautions face à la pandémie est général sur le continent. Si 13 pays continuent à surveiller activement les cas de contaminations et que 19 autres recherchent les cas contacts des malades identifiés, 22 autres ont complètement abandonné ces mesures, s’alarme l’organisation.

Les chercheurs estiment que 65 % de la population africaine a été infectée au Covid-19 depuis 2020

Qui vient par ailleurs de rendre publics des chiffres édifiants sur la réalité de la pandémie sur le continent : selon sa directrice générale, la Botswanaise Matshidiso Moeti, les chercheurs estiment que 65 % de la population africaine a été infectée au Covid-19 depuis 2020. Avec une accélération notable du nombre de cas avec l’apparition des variants Beta, puis Delta. Le chiffre – 97 fois plus élevé que les statistiques officielles ! – étonne et suscite l’incrédulité sur un continent où beaucoup doutent encore de la réalité de la maladie. Il s’explique, selon l’OMS, par le fait que deux tiers des Africains contaminés n’auraient développé aucun symptôme.

Sur le continent, le Covid serait donc une maladie… qui ne rend pas malade ? L’OMS, là encore, tempère ce jugement. Les nouveaux variants sont plus contagieux et, une fois encore, certains vaccins semblent incapables de les contrer. En particulier les Sinovac et Sinopharm, à propos desquels l’organisation souligne qu’ils protègeraient particulièrement mal les plus de 60 ans, les personnes souffrant de comorbidités et les femmes enceintes.