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Et il est comment le dernier Erik Orsenna ?

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Le temps, l'académicien Erik Orsenna ne l'a pas pris pour son dernier livre

Le temps, l'académicien Erik Orsenna ne l'a pas pris pour son dernier livre © © AFP

Le dernier roman de l’académicien Erik Orsenna, « Mali, ô Mali » embrasse tous les tenants et aboutissants de la crise malienne, mais n’offre pas de recul nécessaire.

Vous vous souvenez de Madame Bâ, héroïne éponyme d’un précédent roman d’Erik Orsenna ? La voilà qui reprend du service ! En 2003, sous la plume de l’académicien, elle demandait à Jacques Chirac un visa afin de retrouver son petit-fils parti à la conquête du football français – et, ce faisant, elle lui déballait toute sa vie au Mali. Cette fois, l’institutrice à la retraite, depuis lors établie en banlieue parisienne, prend le chemin inverse. La mission de cette orgueilleuse sexagénaire qui se rêve en Jeanne d’Arc : sauver son pays des griffes des jihadistes.

Accompagnée du même petit-fils, Ismaël, chargé du rôle de griot, la "Grande Royale" est donc de retour à Bamako. Où elle recueille les témoignages des réfugiés du Nord, offre ses services surnaturels – elle entend des voix inaccessibles aux autres – au renseignement français, pour enfin prendre la route de Tombouctou. Non sans faire un détour par un camp de déplacés au Niger, puis par Dakar pour y visiter le très bling-bling centre commercial Sea Plaza et rencontrer Amadou Toumani Touré, le président déchu.

Autant d’aventures destinées à embrasser tous les tenants et aboutissants de la crise malienne : surnatalité, chômage, trafic de drogue, corruption… Las, si le diagnostic est convaincant, les méthodes pour y parvenir sont quelque peu artificielles. Les nombreuses péripéties de Madame Bâ, enchaînées à un rythme effréné, servent l’analyse mais manquent de chair littéraire, l’omniprésence des dialogues laissant peu de place au décor. Malgré tout, quelques digressions retiennent l’attention. Par exemple : "Rien n’est plus bavard qu’une montre. Sauf qu’elle ne dit pas le temps. […] La montre renseigne sur le revenu. Plus la montre est chère, plus la richesse a été rapide. Le coût de la montre est une marque de gratitude adressée au temps."

Le temps, Orsenna ne l’a pas pris. Il s’est écoulé un peu plus d’un an entre le début de l’intervention française au Mali et la parution de son livre : un bon délai pour un essai ou une enquête de terrain, mais qui n’offre pas le recul nécessaire à un roman. Or sans recul, le risque, pour l’auteur du célèbre discours prononcé par François Mitterrand à La Baule, en 1990, devant un parterre de chefs d’État africains, est de passer, malgré certaines réserves quant à la politique de Paris en Afrique, pour un simple griot de l’opération Serval.

 

>> Mali, ô Mali, d’Erik Orsenna, Stock, 416 pages, 21,50 euros

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Par Fabien Mollon

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