Économie

Télécoms – Sénégal : Sonatel, Free et Expresso face à la clémence toute relative du régulateur

L’ARTP a annoncé avoir réduit l’amende infligée en décembre 2021 aux trois opérateurs du pays. Mais, parallèlement, l’Autorité contraint ces derniers à investir davantage que le montant initial de la sanction.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 20 avril 2022 à 17:46

Siège de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP), à Dakar. © ARTP

Quatre mois après avoir infligé aux trois opérateurs du pays une amende totale équivalant à 31 millions d’euros pour non-respect des engagements relatifs à la qualité de service, l’Autorité de régulation des télécoms et des postes (ARTP) sénégalaise revoit sa copie et propose une nouvelle issue au conflit.

Vendredi 1er avril, l’institution dirigée par Abdoul Ly a indiqué par communiqué qu’en plus d’être revues à la baisse, les différentes amendes à verser au Trésor public par Sonatel, Free et Expresso seront accompagnées d’engagements d’investissements dans les réseaux de chaque opérateur.

À Lire États africains vs opérateurs télécoms : tous coupables ?

Engagement d’investissement

Sonatel se voit ainsi contraint d’investir 20 milliards de francs CFA (environ 30,4 millions d’euros) dans son réseau d’ici à décembre 2023 maximum. De son côté, Saga Africa Holding, qui contrôle Free au Sénégal doit investir près de 2,6 millions d’euros sur la même période. Le troisième opérateur du pays, Expresso, doit quant à lui injecter près de 300 000 euros dans ses infrastructures.

L’ARTP mettra en place un dispositif de suivi et de contrôle »

« Pour s’assurer du respect strict des engagements des opérateurs, l’ARTP mettra en place un dispositif de suivi et de contrôle, notamment par le recours à un expert choisi par elle-même et dont les honoraires seront à la charge des opérateurs », indique un communiqué de l’institution dirigée par Abdoul Ly.

« Il convient au régulateur d’assurer un bon suivi de ces engagements et aux opérateurs de travailler à les respecter. Cela pourrait passer par la mise en place d’une feuille de route (qui peut même être établie par les opérateurs) avec des suivis réguliers de l’ARTP et une transparence au niveau des deux parties », souligne Fayçal Sawadogo, économiste spécialiste de la fiscalité des télécoms et consultant pour la BAD.

À Lire Orange face à Wave : entre Alioune Ndiaye et Carine Coura Sene, duel en place publique

De plus gros montant à investir

Si le montant total des amendes à verser au Trésor public a effectivement diminué (de 31 millions d’euros exigés, la somme passe à 4,7 millions d’euros), le montant des engagements d’investissements dépasse en revanche le montant initial des sanctions de décembre 2021.

Au total, les opérateurs sont tenus d’injecter près de 35 millions d’euros d’ici à décembre 2023. Contacté par Jeune Afrique, Sonatel n’a pas souhaité commenter la décision, laissant « toute l’initiative de la communication sur le sujet à l’ARTP ». Également contactés, Free a refusé de s’exprimer et Expresso n’avaient pas formulé de réponse lors de la rédaction de ces lignes.

« Cette décision me paraît rationnelle dans la mesure où elle permet de concilier à la fois, la préoccupation des deux parties, c’est-à-dire de réduire considérablement la charge relative aux sanctions (du côté des opérateurs) et améliorer la couverture et la qualité des services à travers plus investissements (du côté de l’ARTP) », conclut l’économiste formé à l’université de Ouaga II et assistant de recherche à la Fondation pour les études et recherches sur de développement international (Ferdi), en France.