Politique

Attention, Chaoui !

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Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Chaoui : c’est le mot de la semaine en Algérie, où la campagne électorale pour la présidentielle du 17 avril bat son plein. De la reine guerrière Kahina aux héros de la lutte pour l’indépendance Mostefa Ben Boulaïd et Larbi Ben M’hidi, ces Berbères des Aurès, que l’on dit têtus comme des mules, incarnent depuis l’Antiquité les vertus de résistance, de fierté et d’abnégation. Pourtant, leur région, malgré son glorieux passé et les innombrables hommes de pouvoir qu’elle a enfantés, notamment dans l’armée (dont l’actuel chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah), semble marginalisée et à l’abandon…

Premier épisode : cette mauvaise blague, volée par le micro baladeur d’une télé privée algérienne, de l’ex-Premier ministre et actuel directeur de campagne de Bouteflika, Abdelmalek Sellal, qui, voulant taquiner un ami, lui lance : "Tu sais ce qu’on dit chez nous, à Constantine ? "Chaoui, hachek" ["Chaoui, sauf ton respect"]." Sous-entendu, le terme serait une insulte. Tollé dans les Aurès, dont les habitants investissent la rue pour crier leur colère. Son remplaçant à la primature, Youcef Yousfi, lui-même chaoui, est dépêché à Batna pour jouer les pompiers de service.

>> Lire aussi : qui pour remplacer Abdelmalek Sellal ?

Quelques jours plus tard, c’est un autre Chaoui, et non des moindres, qui s’illustre : Liamine Zéroual. Sortant de sa légendaire réserve et de sa retraite, l’ancien président s’est fendu d’une longue lettre ouverte pour fustiger le quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, sans jamais le nommer, et appeler à l’alternance au pouvoir.

Pure coïncidence, même si certains esprits suspicieux ne manqueront pas d’y voir une manip savamment orchestrée, nous publions cette semaine l’interview d’un autre fils de Batna (la capitale des Aurès), Ali Benflis, ancien chef du gouvernement et candidat à la présidentielle du 17 avril. Un homme qui aurait pu privilégier sa carrière politique, lui dont Bouteflika pensait faire son successeur, mais qui a préféré, chose rare en Afrique, quitter les ors du pouvoir pour une longue traversée du désert. Alors que tout indique, sauf énorme surprise ou accident, que Bouteflika sera réélu pour un quatrième mandat, il a décidé de croiser le fer une nouvelle fois avec ce dernier, dix ans après son échec cuisant à la présidentielle de 2004. Les Chaouis ont décidément la tête dure… l

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